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Traces 1 Georges Simenon, genèse et unité de l'œuvre
Jean-Marie KLINKENBERG,
À l'origine des études simenoniennes à Liège : Maurice Piron
(p. 9)
L'article retrace la genèse des études simenoniennes à Liège, en mettant en évidence le travail réalisé par le Professeur Maurice Piron, travail qui devait déboucher sur de nombreuses publications et sur la création du « Centre d'Études Georges Simenon » et d'un « Fonds Simenon » à l'Université de Liège.
René ANDRIANNE,
Pour une biographie de Simenon
(p. 15)
Simenon s'est beaucoup raconté dans des mémoires autobiographiques, des centaines d'interviews, mais aussi dans certains romans. Il a ainsi constitué une vulgate sans cesse reprise par ses biographes. Or, une déconstruction minutieuse du corpus autobiographique révèle un Simenon fabulateur qui confond fantasmes et réalité. Il recrée sa famille paternelle où il n'y avait pas treize enfants, mais dix, et sa famille maternelle où, contre toute vérité, il affirme que « tous ses oncles ont fait l'université ». Il faut rectifier de nombreuses séquences autobiographiques les lectures précoces, l'abandon volontaire des études, l'entrée à la
Gazette de Liége
, l'arrivée à Paris, la prétendue crise cardiaque de 1941, la soi-disante Résistance, les sordides démêlés conjugaux, etc. Un champ immense s'ouvre à la sagacité des chercheurs pour éclairer l'œuvre d'une nouvelle lumière.
Claude MENGUY et Pierre DELIGNY,
Les vrais débuts du commissaire Maigret
(p. 27)
Nous nous sommes appliqués à démontrer combien il était, sinon impossible, du moins hautement improbable que
Pietr-le-Letton
, ce tout premier « Maigret » signé Simenon, ait été écrit à Delfzijl en septembre 1929, comme notre auteur l'a maintes fois prétendu, affirmé, répété ... Toutefois, ce « souvenir » tenace semble comporter une part de vérité selon nos recherches, en effet, ce serait bien dans ce petit port de la province de Groningue (Pays-Bas) que
Train de nuit
(signé Christian Brulls) a été écrit à l'automne de 1929; or,
Train de nuit
est bien le premier des quatre « proto-Maigret » écrits sous pseudonymes. Que les Néerlandais se rassurent donc la ville de Delfzijl n'a pas usurpé son titre de « lieu de naissance de Maigret », publiquement attesté par la présence au bord de l'Eems-kanaal de la statue du mythique commissaire !
Marie-Claire DESMETTE,
Tristan Bernard une source de Georges Simenon ?
(p. 45)
Michel LEMOINE,
Maigret en gestation dans les romans populaires
(p. 53)
Avant d'apparaître officiellement dans
Pietr-le-Letton
, le commissaire Maigret avait déjà mené l'enquête dans quatre romans populaires :
Train de nuit
,
La Figurante
,
La Femme rousse
et
La Maison de l'inquiétude
. D'autres personnages des romans de jeunesse publiés sous divers pseudonymes et non seulement des policiers ou des détectives présentent pourtant tels traits physiques, tels aspects de leur personnalité, telles caractéristiques qui appartiendront plus tard au Maigret que nous connaissons bien. Depuis
Le Feu s'éteint
jusqu'à
L'Évasion
, nous décelons cette lente gestation à travers vingt-cinq romans tout en rencontrant en chemin Jarry et Sancette, mais aussi Lucas et Torrence qui feront bientôt partie de l'entourage habituel de Maigret.
Jean FABRE,
Nécessité de Maigret
(p. 81)
Le commissaire Maigret est par excellence l'élément pivot de l'œuvre simenonienne, si l'on veut bien considérer que romans policiers et romans de la destinée dialoguent entre eux. Dans un univers d'instabilité, il apporte la force sécurisante. Toutefois, il faut bien voir que Maigret est lui-même écartelé entre les figures paternelle et maternelle dont il relève, de même qu'entre les petites bourgeoisies montante et déclinante auxquelles ces figures appartiennent. Sa seule façon d'échapper à l'instabilité est de nier l'Histoire.
Jean-Baptiste BARONIAN,
Simenon, conteur et nouvelliste
(p. 91)
Georges Simenon n'est pas seulement un romancier exceptionnel, il est aussi un grand conteur, un grand nouvelliste. C'est d'ailleurs par la narration courte qu'il est pour ainsi dire entré en littérature (comme en témoignent ses innombrables textes « légers » parus sous pseudonymes dans les années vingt). Surtout, c'est dans la narration courte qu'on trouve un aspect méconnu de son œuvre le Simenon plaisant et ludique, le Simenon qui s'amuse et qui, notamment à travers les histoires mettant en scène le Petit Docteur et les membres de l'Agence O, se moque avec bonheur des règles traditionnelles de la fiction policière.
Pol P. GOSSIAUX,
L'Afrique nue de Simenon
(p. 97)
Jean BESSIÈRE,
Le fictif simenonien
(p. 123)
L'effet de plénitude produit par tout ouvrage de la série des Maigret tient à une mise en œuvre qui le fait prendre « pour de la réalité », mais qui est aussi porteuse d'ironie et d'équivoque. En effet, les marques du fictif obéissent à une double recomposition temporelle. Chez Simenon, le fictif policier ne s'appuie pas seulement sur cette désorientation chronologique; il semble bien que tous les Maigret s'articulent autour de la relation d'un récit racontant et d'un récit raconté, l'originalité du romancier tenant aussi dans le fait que le premier apparaît
sans aucun pouvoir
sur le second. La bipolarité discursive s'accroît en outre d'un phénomène de stratification narrative puisque le récit de l'enquête prend ici en charge tous les récits des témoins ou suspects, sans exclusion aucune. Il apparaît clairement à l'analyse que le
principe policier
de la fiction n'est plus la découverte de la vérité, mais bien ce(s) déboîtement(s) que le récit met en place.
Claudine GOTHOT-MERSCH,
Genèse des romans de Simenon : le problème des titres
(p. 139)
L'article, qui porte sur les non-Maigret, pose la question suivante : le titre que Simenon écrit au-dessus des « enveloppes jaunes » ne prouve-t-il pas que, contrairement aux affirmations de l'auteur, celui-ci a, dès le départ, une idée de l'intrigue ? On observe d'abord que quelques enveloppes proposent plusieurs titres, que les titres sont d'habitude passe-partout et qu'un tiers d'entre eux seront modifiés. Cependant, dans un certain nombre de cas, les titres ne peuvent se concevoir sans une connaissance préalable de l'intrigue, et même de la façon dont elle se termine; mais c'est surtout l'atmosphère climatique ou morale et la conception du personnage qui les inspirent, et parfois, mêlé à cela, l'événement du premier chapitre.
Marie-Hélène ANDRÉ,
Le thème de la lumière et son évolution chez Georges Simenon
(p. 149)
Connu surtout comme écrivain du froid et de la pluie, Simenon joue pourtant admirablement de la lumière et des couleurs tout au long de son œuvre. C'est bien souvent en spécifiant le rapport de l'homme à la lumière qu'il rend le mieux compte d'un caractère ou d'une destinée, surtout dans les romans psychologiques des années 19301940. Comme les Impressionnistes, Simenon travaille par accumulation de petites touches lumineuses disséminées à travers le texte qui influencent le personnage en matérialisant l'univers au point de le rendre lourd et dense, ou en le magnifiant comme dans les rêves d'enfance.
Paul DELBOUILLE,
Notes pour une étude du récit de paroles
(p. 157)
L'article montre quelles pistes pourrait emprunter une étude du discours direct. Deux perspectives sont à envisager : diachronique, pour saisir sa mise en place et son évolution; synchronique, qui opposerait les romans de la destinée aux « Maigret ».
L'ancrage du dialogue se fait par les verbes déclaratifs, mais ceux-ci sont souvent omis; les verbes neutres sont surtout utilisés; Simenon ne joue guère la carte du réalisme dans le dialogue rapporté; il se sert moins du dialogue pour épingler des propos importants que pour créer une atmosphère.
L'espace accordé au dialogue paraît s'être accru au fil des ans. Le romancier emboîte le dialogue dans le dialogue avec une belle économie de moyens et sait éviter le délayage.
D'autres points pourraient retenir l'attention : la nature même du dialogue, la longueur des répliques et ce qui motive sa variation.
Hendrik VELDMAN,
Des « Maigret » aux romans non-cycliques : continuité de structure, discontinuité de forme
(p. 169)
On retrouve dans les romans de Simenon le même système narratif : le personnage principal, inféodé au groupe, mène une vie de routine jusqu'au moment où il ne supporte plus la répression de sa liberté. Sa révolte individuelle éclate alors et il renie le code du groupe. Commence pour lui un temps de réflexion : sa vie devient moins spontanée, plus indirecte, plus distanciée et il essaie de se créer une stabilité intérieure où il n'aura plus besoin des autres. Tantôt il y réussit, tantôt pas. Grâce à cette réflexion consciente et transparente du personnage, le narrateur peut mieux raconter son histoire. Il n'a qu'à bien disposer/arranger autour de lui les coordonnées du temps, de l'espace et de la communication extérieure ou intérieure interrogatoires et confidences. C'est en réunissant ces éléments cités dispersés à la première lecture , qu'on voit naître le modèle du roman simenonien moyen, donc du « Grand Roman » dont l'écrivain a parlé si souvent.
Jules BEDNER,
Du genre policier au roman psychologique
. Le Petit Tailleur et le chapelier
et
Les Fantômes du chapelier (p. 179188)
Une comparaison de deux œuvres racontant la même histoire la nouvelle policière
Le Petit Tailleur et le chapelier
et le roman dur
Les Fantômes du chapelier
cherche à démontrer que c'est sous l'influence des genres que l'histoire varie. La nouvelle adopte l'optique du persécuteur, le roman celle du persécuté. Si dans le roman le persécuteur joue un rôle plus modeste, sa mort semble causer la déchéance psychique du persécuté. Dans le genre policier, sa présence assure la libération d'un secret brûlant et la perspective d'un juste châtiment, autrement dit la liquidation du sentiment de culpabilité. Dans le roman, la culpabilité amène le protagoniste d'une manière implacable à l'autodestruction.
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