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Traces 11 - Modernité de Simenon ?
Style, narratologie, thématique
Jacqueline LÉVI-VALENSI,
Ouverture de la journée d'étude
(p. 11)
Bernard ALAVOINE,
Georges Simenon, reflet des inquiétudes de l'homme du XXe siècle
(p. 13)
Dix ans après sa disparition, Georges Simenon correspond-il aux attentes du lecteur d'aujourd'hui ? À travers quelques thèmes particulièrement récurrents, on s'est donc demandé si l'œuvre reflète ou non les angoisses de l'homme du vingtième siècle. Dès les premiers romans, on est frappé par la difficulté à exercer
le métier d'homme
, d'abord chez l'adolescent puis chez l'adulte : refus de la médiocrité, quête de l'identité et désir de communiquer avec l'autre sont déjà au centre des préoccupations du héros. À travers les expériences malheureuses racontées par Georges Simenon, l'espoir est cependant perceptible et l'univers du romancier n'est peut-être pas aussi noir qu'on veut bien le dire. Ainsi la fuite ou l'errance du héros peuvent servir de révélateur ou constituer une parenthèse heureuse dans sa vie. Et puis il faut souligner les thèmes de la paternité et de la sympathie qui apportent tout de même une lueur d'espoir dans l'univers de Simenon. Les personnages du romancier restent cependant à l'image de nos contemporains : l'homme qu'il décrit est fragile et angoissé. Le rapprochement avec Camus semble alors pertinent : culpabilité, difficulté à trouver sa place, solitude et étrangeté enfin apparaissent en filigrane dans une œuvre modeste où rien n'est dit, mais tout est suggéré. En définitive, parce qu'il demeure en phase avec son lecteur, Georges Simenon atteint une sorte d'universalité.
Michel LEMOINE,
1989--1999: dix ans de recherche simenonienne
(p. 27)
Dix ans après le décès du romancier, nous tentons de montrer comment il est perçu par la recherche. Il n'est pas tellement aisé de faire le point en la matière dans la mesure où, durant cette décennie, une trentaine d'ouvrages et plus de deux cents articles d'un certain intérêt ont été consacrés à Simenon, lequel se voit donc soumis à un sérieux regard critique. Selon quelles directions l'écrivain est-il ainsi interrogé ? Nous essayons brièvement d'examiner comment des études touchant les domaines biographique, thématique, stylistique, narratologique, psychocritique, sociocritique, spatial, génétique, comparatiste, bibliographique ou concernant des aspects plus marginaux de l'œuvre ont fleuri depuis 1989 et ont contribué à enrichir la connaissance que nous pouvons avoir d'un auteur questionné sans relâche par la recherche.
Patrick BERTHIER,
Peut-on parler de Simenon à l'université comme on y parle de Balzac ?
Simples réflexions sur un programme de D.E.A.
(p. 49)
Cette contribution indique comment, à partir d'une découverte personnelle tardive, qui fut une révélation, j'ai cherché à faire partager à des étudiants de troisième cycle de l'Université d'Amiens ma passion pour Simenon. Cela fut rendu possible par la structure même du DEA (Diplôme d'Études Approfondies) de littérature française et comparée, dont le Centre d'Étude du Roman et du Romanesque est l'équipe d'accueil. Le thème des cours, en 1997--1998 “La représentation romanesque du corps malade et du cadavre”, en 1998--2000 “ Les problèmes du moi et de l'autre dans la création littéraire ”, rendit très naturelle une approche universitaire de Simenon, et de préférence sans recourir à la série des Maigret. Les œuvres les plus utilisées furent
Le Train de
Venise,
Le Temps d'Anaïs
,
Les Anneaux de Bicêtre
, et par ailleurs les
Mémoires intimes
. Les thèmes furent évidemment ceux des cours, avec une insistance sur le rapprochement rendu possible entre Balzac et Simenon par l'éclipse de la figure fraternelle dans leurs œuvres : ce parallèle mériterait d'ailleurs d'être creusé pour lui-même.
Jacques LECARME,
Les cinq voies de l'autobiographie simenonienne
(p. 61)
Abdelouahed MABROUR,
Un aspect de la description chez Simenon: la
caractérisation adjectivale. II.-- Considérations syntactico-sémantiques
(p. 83)
La présente étude vient compléter celle déjà parue dans le n° 10 de
Traces
. Elle se propose d'examiner, d'un point de vue stylistique, la place de l'adjectif dans quelques textes policiers et de montrer que la particularité de Simenon (tout en sachant que l'emploi qu'il se fait de ces caractérisants reste, dans une large mesure, tributaire de la tendance générale de la langue) se voit clairement à travers certaines distributions syntaxiques.
Eugène KOUCHKINE,
Simenon en Russie
(p.101)
L'article est consacré à la présentation des rapports qu'a entretenus Simenon, tout au long de sa vie, avec la Russie. L'auteur s'attache à établir les repères, tant biographiques que littéraires, et relève les multiples contacts de l'écrivain avec la culture et l'actualité russes. La première partie offre un résumé de l'impact laissé par les romanciers russes sur la formation de Simenon et l'évolution de son œuvre. La deuxième étudie la spécificité de la réception de Simenon en U.R.S.S. et en Russie post-communiste ; elle s'interroge, en particulier, sur le phénomène de l'énorme popularité du romancier auprès du lectorat soviétique et dresse le panorama des études simenoniennes. La dernière partie fournit des informations sur le Fonds Georges Simenon à Saint-Pétersbourg, les adaptations théâtrales de ses romans, ainsi que sur les relations du romancier avec ses correspondants et des journalistes russes.
Piroska SEBE-MADÁCSY,
La réception de Georges Simenon en Hongrie
(p. 115)
Il existe deux mouvements dans la réception critique de Georges Simenon en Hongrie. Le premier mouvement est centré autour de la revue
Nyugat
(
Occident)
, dans les années trente et quarante. C'est l'élite intellectuelle hongroise qui lit, traduit et critique les œuvres de Simenon tout en espérant saluer en lui le rénovateur possible du roman. Après un silence relativement long, nous observons un intérêt nouveau différent à partir des années soixante/soixante-dix. Alors que le premier mouvement a cherché et privilégié la valeur esthétique, le deuxième s'intéresse à la technique romanesque, plus exactement à la technique du roman policier. Les hommes de lettres peuvent dire tant de choses nouvelles à propos de Simenon, mais la vraie réception d'un roman est décidée par les lecteurs. En réalité, on a lu Simenon et on lit Simenon partout dans le monde, même en Hongrie.
Paul MERCIER,
L'homme à la plage
(p. 127)
Simenon a mis en pratique une conception du roman-crise. Dans tous ses romans, le personnage principal traverse une crise, perd le contact avec la vie quotidienne et bascule dans un monde plus ou moins irréel, moins marqué par la déviance et le crime que par la perte des repères identitaires, le désinvestissement des appartenances sociales et familiales. Il enregistre une à une toutes les atteintes du sort, tentant surtout d'en retarder l'avalanche, avant d'en venir à une solution extrême, donnant l'illusion de supprimer toute souffrance.
En s'appuyant sur les analyses de M. Balint portant sur l'articulation du processus dépressif et du processus de création (
Le Défaut
fondamental
, 1967), il apparaît que les romans de Simenon font preuve d'une structure cohérente remarquable ; le défaut de symbolisation naguère souligné par Narcejac perd alors son caractère de déficit pour prendre une valeur positive de fondement de la condition humaine. Par cette conception du roman déjà amorcée dans les romans populaires, Simenon se réclame du parrainage de London et surtout de Stevenson, à qui il emprunte cette image de la condition humaine, {\it l'homme à la plage}.
Michel CARLY,
Florida Confidential
(p. 153)
Penser que les années floridiennes 1946--1947 ne constituent qu'un banal interlude entre le Canada et l'Arizona, comme pourraient le laisser croire les quatre seules pages qu'y consacre Pierre Assouline dans sa biographie, nous priverait d'un regard essentiel sur cette période-clé de l'œuvre et de l'existence de Simenon. De lieu en lieu, nous suivons l'homme à la trace, le regardant intérioriser sa rencontre brûlante avec Denise, explorer son présent, découvrir les balises visuelles de la route et du paysage américains, brûler ses nuits à Cuba, reconnaître dans le décor insulaire l'écho de ses anciens voyages, récolter de nouveaux thèmes et des espaces inédits.
Ainsi naissent ou se préparent des œuvres essentielles comme
Lettre à mon juge
et
Les Frères Rico.
Chronologiquement, cette reconstitution, dans le temps et dans l'espace, de la Floride de Simenon précède l'étude “ Sur les routes de l'Arizona avec quatre Simenon en poche ” parue dans le n° 10 de
Traces
.
Pierre DELIGNY,
Inventaire des billets quotidiens de Georges Sim
à la
Gazette de Liége
de novembre 1919 à
décembre 1922 (suite et fin)
(p. 195)
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