Paul MERCIER,
Le mur blanc de linconscient maternel dans Lettre à ma
mère
(p. 63)
Lettre à ma mère occupe une place centrale
dans lœuvre de Georges Simenon. Dans ce récit
dune rare émotion, il cherche à établir un
portrait vivant et juste dune mère dont il pense avoir
été toujours séparé : ils ne se
seraient jamais compris et laffection dune mère
lui a manqué. Les accents de tendresse filiale
saccompagnent toujours dune plainte apaisée, mais
toujours présente. Si la sincérité et la bonne
foi ne sont pas en cause, il nempêche quun doute
subsiste : le fils rend-il vraiment justice à
laffection de sa mère pour lui ou se méprend-il
sur linterprétation quil sen fait ? Comment sinterroge-t-il sur les
limitations de sa propre façon daimer sa
mère ?
En suivant, dans les Dictées, les indices renvoyant
à la genèse de ce livre, on peut faire plus facilement
le lien avec la production romanesque et limportance de la
figure maternelle dans la pulsion décrire. Enfin,
Lettre à ma mère, par la forme dune
lettre à une défunte très chère, annonce
Mémoires intimes, mais en étant davantage en
résonance avec lunivers romanesque.
Fabrice LARDREAU,
Échec et mat. Sur Lhomme qui regardait passer les trains
de Georges Simenon
(p. 79)
Récit dune « fugue initiatique »,
Lhomme qui regardait passer les trains est une
variation exemplaire sur le thème, cher à Simenon, de la perte
des repères et de la crise didentité. Qui suis-je, moi,
le conformiste, dès lors que le « domaine de la
règle » savère illusoire ?
Est-il, hors des sentiers battus, un chemin que je puisse parcourir
jusquau bout avec lespoir de trouver quelque sens
à mon existence ? Telle est la
question qui meut le protagoniste, mais à laquelle il ne
trouvera pas de réponse, faute peut-être davoir pu la
formuler clairement.