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Traces 2  —  Varia

  • Jacques DUBOIS, Politique de Maigret (p. 7)
    S'appuyant sur les dix-neuf premiers Maigret qu'a écrits Simenon et qu'il a publiés chez Fayard, nous mettons en rapport deux séries d'observations : d'une part, Maigret est engagé dans des enquêtes dont le nœud réside dans des conflits de classes; de l'autre, le commissaire bafoue ou néglige les règles de l'enquête. Au croisement des deux séries, il apparaît que le commissaire se pose surtout en analyseur et médiateur du social, cherchant à assurer une collaboration démocratique des groupes sociaux.

  • Paul MERCIER, Maigret à travers le miroir (p. 29)
    Ce texte replace dans son contexte historique le reportage le plus mal connu de Georges Simenon, une enquête intitulée « Des crimes vont être commis... », parue dans le mensuel Je sais tout en mai 1934. Simenon, qui vient de s'illustrer par des articles sensationnels sur l'affaire Stavisky et sur l'affaire Prince, se met à jouer les Cassandre et en appelle à un renforcement de l'ordre public et des pouvoirs de la police contre la pègre et le crime organisé. Au moment où paraît ce reportage, le romancier, qui a été prié par ses amis de se mettre au vert loin de Paris, se prépare à faire une croisière en Méditerranée sur l'« Araldo ». Dans le reportage réputé introuvable et qui est reproduit ici juste avant le commentaire qui en est tiré, on remarquera le poids des graphiques pour souligner la dimension politique et constitutionnelle du propos. Un pas de clerc d'un reporter qui se prenait pour Maigret.

  • Jean-Louis DUMORTIER, Les scrupules de Maigret (p. 37)
    Le séjour américain de Simenon entre 1945 et 1955 serait déterminé, d'une part, par la crainte des mesures de représailles frappant les écrivains qui avaient publié sous l'occupation; d'autre part, par un sentiment d'impuissance à se faire reconnaître comme un artiste à part entière.
    Avec Les Scrupules de Maigret, Simenon parvient à satisfaire les attentes de ses lecteurs tout en leur proposant une situation relativement originale : Maigret agit sans mandat officiel, sa connaissance du cas procède des discours contradictoires qui lui sont tenus, son interprétation s'oppose à celle d'un psychiatre, il échoue à sauver la vie de son solliciteur.
    Le succès du roman simenonien tiendrait à la conformité de son idéologie aux valeurs et aux normes de comportement de la classe moyenne entre 1930 et la fracture provoquée par la jeunesse au cours des années soixante.

  • Christian NEYS, L'autre de Maigret ou « Simenon et la culpabilité » (p. 53)
    Ce n'est pas sans raison que le commissaire Maigret tient une place majeure dans l'œuvre de Simenon. Le roman policier joue sur le thème du coupable, fondement même du lien social. Derrière l'illusion du « Je ne juge pas », Simenon y produit la figure de ce que Freud appellera le Surmoi. Le commissaire Maigret en permet la réalisation , soutenant dans le roman la fonction d'un regard anonyme mais faisant partout irruption. La singularité de Simenon est dans son art à faire tenir ce « jeu de la loi » et à y impliquer la jouissance du lecteur. Celui-ci participe à la vision d'un monde, machinerie d'un destin implacable dont Maigret réalise un efficace rouage. Ce « jeu de la loi » en ravive l'impératif de jouissance inconsciente. Il fut, pour Simenon, une exigence qui, toute sa vie, lui tint lieu de thérapeutique.

  • Michel LEMOINE, Des romans de Maigret aux romans de la destinée : unité de l'œuvre de Simenon ? (p. 63)
    Quelles interférences peut-on relever entre les romans de la destinée et les romans de Maigret ? Si ces derniers ont incontestablement un aspect policier qu'il faut définir et nuancer, certains autres basent aussi leur intrigue sur une trame policière. En outre, l'examen attentif des romans de Maigret laisse apparaître que l'une et l'autre séries possèdent des thèmes communs et des motifs récurrents, même si la manière de les présenter s'avère différente puisqu'elle se traduit par une utilisation différente des techniques narratives. Il est enfin indéniable que les romans dits policiers et les autres participent d'une même vision, sinon d'une même conception du monde reflétant une méditation sur la condition humaine.

  • Bernard ALAVOINE, Georges Simenon : de l'impressionnisme à la peinture de l'atmosphère (p. 79)
    Selon ses dires, Simenon a toujours essayé de « faire de l'impressionnisme en roman ». Qu'en est-il exactement ? On a d'abord découvert dans l'œuvre des thèmes ou des lieux chers aux peintres : les rivières, la mer ou les bords de Seine. Mais c'est surtout à propos de la technique que l'on peut parler véritablement d'impressionnisme et notamment dans l'utilisation des taches de couleurs qui apparaissent souvent avant les formes. Enfin, Simenon attache une importance particulière à l'utilisation de la lumière, avec ses multiples reflets et chatoiements. Le romancier aime en effet le pouvoir réverbérant des surfaces naturelles comme l'eau, mais aussi de certains objets qui deviennent des miroirs occasionnels. En définitive, cette écriture impressionniste pourrait participer au tissage complexe que l'on a coutume d'appeler « l'atmosphère » de Simenon.

  • Alain BERTRAND, L'expérience de l'indicible dans Lettre à mon juge de Georges Simenon (p. 89)
    L'intensité de l'expérience déviante vécue par nombre de personnages de Simenon les propulse souvent aux frontières de l'indicible. Après avoir exploité à maintes reprises l'incommunicabilité de cette épreuve, le romancier prend pour la première fois, dans Lettre à mon juge, le risque d'exposer l'expérience singulière de son héros par le biais d'une lettre que celui-ci adresse à son juge. Or, ce dévoilement intime passe par le langage, un langage miné de l'intérieur par le discours social contre lequel il prétendait s'inscrire, ce qui conduit les protagonistes à la mort.

  • Claudine GOTHOT-MERSCH, Simenon et la gestion de l'écriture romanesque (p. 107)
    Cet article entend montrer comment Simenon gère son travail en véritable businessman de l'écriture, se simplifiant la besogne de toutes les façons pour boucler un roman en quelques jours avec une efficacité stupéfiante. Utilisant une méthode immuable, s'assimilant à son héros, il télescope les trois stades aristotéliciens de l'invention, de la structuration et de la rédaction en limitant l'invention à un événement retentissant, en supprimant le problème de la structuration, en réduisant à un même modèle le style du personnage et celui du narrateur. Tournant de plus en plus le dos au pittoresque, il va vers cette universalisation qui permet à chacun de retrouver dans l'œuvre sa propre expérience — en même temps que s'amenuise, pour l'auteur, le besoin d'inventer.

  • Michel LEMOINE et Christine SWINGS, Inventaire des manuscrits des romans publiés par Simenon entre 1931 et 1972 (p. 123)

  • Tableau synthétique des documents décrits (p. 232)

  • Comptes rendus de Paul Delbouille, Paulette Guillitte, Christine Swings et Michel Lemoine (p. 239–244)

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