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Traces 8  —  Varia

  • Salvatore CESARIO, L'Homme à la cigarette : J.K. Charles + Boucheron ® Sim + Maigret ® Georges Simenon... (p. 9)
    L'Homme à la cigarette est le roman populaire le plus intéressant au point de vue de la genèse de Maigret; en fait, les deux héros du roman, J.K. Charles et Boucheron, soumis à un processus d'incorporation l'un de la part de l'autre, deviennent un seul héros et le héros produit par cette synthèse est Maigret. Il est extraordinaire que l'acte de naissance de Maigret soit un acte d'incorporation, parce qu'à la base de la méthode de Maigret, il y aura justement l'incorporation, un des mécanismes de l'identification.

  • Benoît DENIS, La genèse du héros médiocre. Simenon à l'époque Fayard (p. 27)
    La « période Fayard » (1931–1934) a marqué l'entrée de Simenon dans la littérature officielle, ainsi que la mise au point progressive d'un style de roman qui, se dégageant des modèles feuilletonesques antérieurs, a procuré à l'auteur une relative légitimité. L'article vise à décrire, à travers le personnage paradoxal du « héros médiocre », comment s'est construit le romanesque simenonien, avec ses enjeux tant idéologiques et sociaux (la médiocrité comme vecteur d'une transaction sociale problématique) que littéraires et stylistiques (la médiocrité comme thème à fonction distinctive, substituant à une logique de la sérialité une stylistique de la redondance). On a ainsi voulu cerner ce qui fait le prix du romanesque simenonien, et notamment sa capacité de s'affranchir, sans en avoir l'air, d'une conception naturaliste du personnage comme « idéal-type ».

  • Abdelouahed MABROUR, Quelques traits stylistiques de la description chez Simenon (p. 43)
    En dépit de ce qui est dit au sujet des limites de la description, en tant que catégorie narrative, dans l'œuvre policière de l'écrivain liégeois — la nature générique de la production y est certainement pour quelque chose —, elle joue un rôle non négligeable dans la structuration du récit.
    Ce travail tente de mettre en évidence, d'un point de vue stylistique, l'organisation de certains aspects du système descriptif dans quelques passages du Pendu de Saint-Pholien. Deux procédés d'ouverture d'une description ont été examinés dans leurs rapports à l'expansion prédicative.

  • Michel LEMOINE, Du quai des Orfèvres à la brasserie Dauphine : état des lieux (p. 61)
    Parmi les nombreux lieux parisiens présents dans l'œuvre de Simenon, le quai des Orfèvres est quantitativement le plus représenté, ce qui se comprend aisément puisqu'il s'identifie à la Police Judiciaire et à Maigret. Roman après roman, l'évocation du monde de la PJ se construit par petites touches évocatoires, se complète jusqu'à recevoir les traits définitifs qui demeurent dans l'esprit du lecteur. En ressortent les images de l'escalier, de la salle d'attente, du bureau de Maigret et des locaux de l'anthropométrie. L'itinéraire se poursuit par une visite de la brasserie Dauphine voisine où Maigret et ses collaborateurs se sustentent si souvent qu'elle est devenue comme une sorte de succursale de la PJ.

  • Paul MERCIER, Le Relais-d'Alsace ou le cambriolage littéraire de Georges Commodore (p. 87)
    Le premier roman sans Maigret publié sous le patronyme de Georges Simenon avait surtout jusque-là retenu l'attention par son cadre géographique unique dans l'œuvre, le col de la Schlucht, reliant les Vosges et l'Alsace. Si cette fiction, par le personnage du Commodore, rappelle l'aventure des romans populaires et si M. Serge emprunte certains traits à un Stavisky non encore poursuivi par les affaires, la dimension poétique de ce roman est la plus intéressante. En exploitant très largement les possibilités offertes par un site magnifique et les ressources d'une enquête ethnologique sur la vie quotidienne d'une pension hôtelière, Simenon prête au Commodore des ambitions et un destin... qui s'inspirent avant tout de l'univers du romancier et de son idéal littéraire : devenir en littérature un cambrioleur de génie. Ou comment suggérer, avec la manière : « J'aurai le prix Nobel à 40 ans ».
    Une exposition sur Le Relais-d'Alsace a été réalisée, elle est encore disponible.

  • Anne MATHONET, Proposition d'analyse... (p. 113)
    Les catégories d'investigation proposées par Gérard Genette dans Figures III ont permis à des étudiants de première licence de montrer que l'écriture « traditionnelle » de Simenon, presque transparente à la réalité décrite, relevait d'une composition technique particulière et intéressante à décrire. Dans les limites des catégories proposées, ils ont appris à définir quelques traits du récit simenonien, à nuancer les concepts théoriques et à préciser l'intérêt des techniques narratives observées.

  • Joseph BYA, En arpentant L'Horloger d'Everton (p. 131)
    Dans la perspective où les choix thématiques de Simenon pourraient bien construire une mythologie de la médiocrité du XXe siècle, l'articulation entre la banalité du fait divers et le dispositif du texte qui dirait celui-ci serait significative et spécifique.
    Ainsi, l'incipit de L'Horloger d'Everton manifeste du mystère : au laconisme de l'uniformité quotidienne s'oppose l'annonce de ce qui va très vite la troubler. L'écriture semble ici minimale et « zérotique », avec une volonté d'utiliser les fameux « mots-matière », dans une esthétique de l'évitement et de la soustraction.
    De même, la suite du roman n'étonne pas : intrigue banale, médiocrité du lieu et du milieu, personnages sans relief. Mais la fin joue « psychanalytiquement » sur une transformation de l'image de soi : Galloway, l'horloger, se sent libéré, malgré le désastre dans lequel l'a plongé son fils. Il vient en effet de retrouver un temps juste, qui transcende le temps des horloges, et il rejoint enfin sa différence identitaire.

  • Danielle BAJOMÉE, Le temps retrou(v)é d'un Horloger (p. 157)
    L'Horloger de Saint-Paul (Tavernier, 1973) est d'abord perçu comme une adaptation simple de L'Horloger d'Everton (Simenon, 1954), mais on constate que le film soumet le livre à une triple torsion : géographique, temporelle et politique. L'action se situe désormais à Lyon juste après 68 et l'adaptation se révèle progressivement contaminée. Le personnage du policier doit beaucoup à Maigret et opère la conjonction ou l'interpénétration de Maigret dans un film adapté d'un roman « psychologique » de Simenon. Bien des éléments politiques ajoutés font en outre du film une satire sur-politisée.
    Le travail de Tavernier ne s'arrête pas là puisque l'Horloger, incarné par Noiret, réapparaît dans Une Semaine de vacances (Tavernier, 1980). Créé par Simenon, l'Horloger quitte le carcan du roman qui lui était consacré pour vivre, dans un film, une vie d'après-roman. De plus, il faut signaler que Noiret incarnera, après L'Horloger de Saint-Paul, bien des personnages simenoniens.

  • Bernard ALAVOINE, Simenon voit rouge (p. 169)
    Depuis l'Antiquité, le rouge est probablement la couleur qui fascine le plus et donne lieu aux interprétations les plus nombreuses. Or, à la simple lecture de l'œuvre de Simenon, on s'aperçoit que le rouge est la couleur la plus employée par le romancier. Les petits objets ou végétaux rouges disséminés dans le récit attirent l'attention du lecteur et peuvent être chargés de sens. Mais il y a aussi ces paysages empourprés qui signifient simplement la vitalité heureuse, l'équilibre et la beauté. Enfin, le domaine le plus significatif de cette couleur est certainement le vêtement féminin : ainsi le motif de la robe rouge traduit-il sans ambiguïté une certaine sensualité. La couleur préférée de Simenon a donc à la fois des qualités esthétiques et une fonction symbolique, mais il convient de ne pas céder à une interprétation hâtive en isolant le rouge des autres motifs d'origine sensorielle. C'est en effet l'aspect combinatoire de ces sensations qui donne sens et originalité à l'écriture de Simenon.

  • Michel CARLY, Simenon, une littérature de gares (p. 187)
    À plus d'un titre, la gare fait partie de la géographie simenonienne. L'homme et ses personnages s'y complaisent. Leur destin y est parfois lié.
    Certaines gares sont associées à des moments de l'homme Simenon : étapes du reporter, annonce de la mort du père, arrivée à Paris, signification onirique de la mort de Marie-Jo.
    Parfois mise en scène dès l'incipit, la gare, dans les romans de Simenon, présente une thématique variable : passage, ouverture, sas, piège, zone d'attente, etc. Pour en traduire toute la poésie, Simenon va jusqu'à utiliser un montage cinématographique cohérent, comme il le fait dans Pietr-le-Letton.

  • Philippe PROOST, Simenon, l'enfant de chœur au ban de l'Église ? (p. 211)
    Certains critiques littéraires et grands libraires reprochent à Simenon d'avoir favorisé la description de l'ambiance plutôt que le style de l'écriture. D'autres vont plus loin et déconseillent la lecture d'un bon nombre de ses livres ou émettent de sérieuses réserves sur leur valeur morale. Parmi ces censeurs, il convient de citer la revue Indications, une publication de la « Commission de lecture de la Jeunesse Catholique Française », l'abbé Sagehomme dans son Répertoire alphabétique des auteurs, l'abbé Louis Bethléem dans Romans à lire et à proscrire et France Monde Catholique.
    Il en va de même pour les films réalisés d'après les romans de Simenon. Ainsi, dans le Répertoire général illustré des films de 1949, treize films sont repris dont dix sont « à déconseiller »; la revue Film et famille est du même avis.

  • Michel LEMOINE et Christine SWINGS, Inventaire des contes et nouvelles de Simenon signés de pseudonymes (p. 225–257)

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