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L'Information du futur
(dernière mise à jour : 15 mai 2000) |

Présentation PowerPoint de cet article
Le journal scientifique naît au XVIIe siècle
en Angleterre ou en France, selon les écoles. Il sert de
lien entre les membres d'une société scientifique
en portant à la connaissance de chacun les rapports de
leurs activités et découvertes mutuelles.
Au XIXe siècle, le journal scientifique prend
sa forme définitive. Il est généralement
européen : anglais, français ou allemand, et
reste pluridisciplinaire : journaux de sociétés
conformes au modèle original ou affectés à
l'étude d'une discipline. Ainsi, les 'Annales de Chimie
et de Physique' voient le jour en 1789 alors que l'on fait remonter
la naissance de cette discipline à Lavoisier, contemporain
et victime de la révolution française. En 1830,
paraît la première publication secondaire :
le Pharmazeutisches (plus tard Chemisches) Centralblatt. A la
fin du XIXe et début du XXe, l'activité scientifique
connaît un brusque développement aux Etats-Unis.
Des périodiques scientifiques locaux y sont publiés
sur le modèle des journaux européens et des journaux
secondaires se développent parallèlement. A
cette époque, le journal présente encore toutes
les caractéristiques d'un produit artisanal.
Après la seconde guerre mondiale, l'économie
connaît une phase de croissance sans précédent.
La recherche scientifique bénéficie doublement de
cet état de choses. Elle reçoit des crédits
supplémentaires, car une société en expansion
se doit d'investir dans l'enseignement et la recherche, mais pour
la première fois, elle est reconnue comme un facteur de
croissance et reçoit à ce titre une attention toute
particulière de la part du monde économique. Les
laboratoires scientifiques privés, faisant partie de groupes
industriels ou institutions à part entière, se multiplient.
L'effervescence générée par
cet afflux de capitaux va déboucher sur une production
accrue, tant fondamentale qu'appliquée, dont la mémoire
s'inscrira en priorité dans les journaux existants. Ceux-ci,
gérés par des sociétés scientifiques
vivant des cotisations de leurs membres et très secondairement
de la vente de leurs publications, ne sont pas prêts à
faire face à une mutation de leur contenu : diversification,
spécialisation..., et à une augmentation de leur
volume.
Des entrepreneurs avisés voient dans ce domaine
une possibilité de nouveaux débouchés et
ce n'est pas un hasard si les journaux spécialisés
se multiplient depuis les années 50 et si de nouvelles
formes de publications voient le jour tant dans le domaine primaire,
comme les journaux réservés aux seules communications
ou lettres à l'éditeur, que dans le domaine secondaire,
les revues de sommaires. Les méthodes de réalisation
et de production du journal changent aussi et ceux qui ne peuvent
s'adapter disparaissent, sont absorbés par d'autres ou
sont condamnés à la confidentialité. Imperceptiblement,
le journal scientifique est devenu un produit industriel
même si son modèle reste classique.
En 1990 pourtant le paysage change lentement. Le
CD-Rom, produit des années 80, avatar plutôt qu'alternative,
a définitivement pris sa place auprès des outils
classiques qu'il perpétue. L'ouverture du réseau
des réseaux à la communauté scientifique,
au grand public ensuite, engendre des bouleversements dans la
communication entre chercheurs. L'information trouve de nouveaux
supports ; de nouveaux modes de recherche s'installent même
si l'aspect de nos bibliothèques ne change encore guère.
Pourtant une chose change que le scientifique familier de la bibliothèque
ne voit pas : le prix de ces abonnements s'accroît
dans une mesure qui apparaît hors de propos avec l'objet.
Comment expliquer, par exemple, que l'abonnement annuel aux cinq
journaux du paquet 'Tetrahedron' coûte maintenant plus cher
qu'une voiture de moyenne cylindrée ? Le
journal est devenu, au travers des entreprises qui le commercialise,
une valeur d'investissement. Il est devenu un produit spéculatif.
Entretemps, il s'est diversifié ; son
support n'est plus nécessairement le papier. Le journal
électronique va-t-il définitivement remplacer le
journal traditionnel ? A-t-il un avenir ? Le journal
scientifique même a-t-il encore un avenir ? Avant de
répondre aux questions, peut-être faudrait-il se
demander : quel journal et pour quelles fins ?
Le but de cet exposé est de faire le point
sur la situation économique du journal scientifique. Nous
serons amenés à toucher à d'autres aspects
dans la mesure où ils influencent les prix .
Première mutation
Le passage du modèle artisanal au modèle industriel :
gérer la croissance, gérer l'universalisation
Lorsque le modèle industriel a remplacé
le modèle artisanal, on s'est bien aperçu que les
journaux publiés par le secteur privé étaient
quelque peu plus coûteux que les revues de sociétés
mais on n'y prêta guère attention. La période
était à l'opulence ; de nouveaux capitaux s'obtenaient
facilement tant dans les laboratoires académiques que privés.
De plus, ces dépenses, principalement dans les domaines
des sciences exactes et un peu plus tard dans le domaine biomédical,
ne représentaient que des parts dérisoires par rapport
aux investissements considérables dans le domaine de l'équipement
et aux frais de fonctionnement accrus par le recrutement de nombreux
jeunes chercheurs. De nouveaux journaux prenaient place naturellement
sur les rayons des bibliothèques scientifiques où
leur présentation attrayante renouvelait un paysage dominé
par les austères publications de sociétés.
Mais, au fait, pourquoi écrit-on et pourquoi
publie-t-on ? A l'origine, la publication était l'indispensable
trait d'union entre les scientifiques auxquels elle tenait lieu
de moyen de communication, de cahier de laboratoire et d'archives.
La relation s'établissait la plupart du temps au niveau
local. Rares étaient ceux qui pouvaient prétendre
publier dans des organes étrangers dont ils n'étaient
pas membres. Seules les personnalités marquantes jouissaient
de ce privilège à titre d'invité.
Ce cloisonnement s'est maintenu bien après
que la croissance de l'activité de recherche se soit amorcée.
Les éditeurs commerciaux ne pouvaient manquer d'occuper
un vide, offrant aux auteurs un espace de publication où
ils trouvaient de bonnes conditions techniques, une assistance
professionnelle et un niveau d'exigence qui, tout en étant
souvent plus tolérant que celui des publications les plus
prestigieuses, n'en restait pas moins honorable.
Afin de tester cette hypothèse, j'ai comparé
à titre d'exemple, les deux premiers mois de publication
du Journal of the American Chemical Society respectivement en
1934, en 1964 et en 1994.
En 1934, les pages 1-498 reprennent exclusivement
des articles d'universités, institutions ou firmes américaines,
à l'exception de 4 d'entre eux, canadiens (McGill et Saskatchewan)
ou anglais (Cambridge) et un seul non-anglophone de The Svedberg
(Suède).
En 1964, le nombre de pages augmente sensiblement
(1-748) mais la provenance des articles ne change guère.
On trouve 3 publications de travaux en collaboration avec des
institutions étrangères, dont 2 avec des pays anglophones
et une avec le Brésil, tandis que 6 communications proviennent
d'institutions étrangères dont 5 non-anglophones.
En 1994, la situation a radicalement changé.
Le nombre de pages a de nouveau doublé (1-1602) et le nombre
d'articles publiés en collaboration avec les Etats-Unis
a augmenté (11 dont seulement 3 avec le Canada et 3 avec
des pays membres de l'ex-bloc soviétique, situation impossible
trente ans plus tôt) mais c'est surtout au niveau de la
production extérieure aux Etats-Unis que le changement
est radical : 59 publications étrangères ont
trouvé la porte du JACS ouverte et parmi elles, 44 ont
été publiées par des institutions d'un pays
autre que les Etats-Unis, isolées ou collaborant entre
elles, dont 35 en provenance de pays n'appartenant pas au monde
anglophone. Les 15 autres émanent de collaborations internationales
dont 6 n'impliquent pas de partenaires anglophones.
Il apparaît donc, mais ceci n'est qu'une hypothèse
que des travaux plus fouillés devraient confirmer, que
le manque d'ouverture des grandes revues scientifiques, et spécialement
des revues américaines, à une recherche scientifique
étrangère qui prenait son essor a été
un facteur déterminant de l'entrée des éditeurs
commerciaux dans ce domaine dont ils étaient encore absents.
Il n'est toutefois pas nécessairement imputable aux seules
revue. Dans certains pays qui avaient une longue tradition de
recherche, des obstacles culturels ont plus que probablement freiné
l'intégration dans un univers où la langue de communication
devenait l'anglais, alors que dans d'autres , moins rompus à
la tradition scientifique, il a fallu attendre une ou deux générations
avant d'atteindre le niveau d'exigence imposé par les publications
les plus représentatives.
L'argumentation est valable pour les sciences exactes
et biomédicales, mais qu'en est-il des disciplines où
le point de vue local est pris en considération ?
A l'heure actuelle, l'aspect purement descriptif disparaît
de nos revues scientifiques pour faire place à des considérations
théoriques et à l'étude de problèmes
de portée beaucoup plus vaste souvent universelle (effet
de serre, couche d'ozone, problèmes de transport) . Les
sciences humaines, dont les habitudes furent longtemps différentes
en matière de publication, participent de plus en plus
à cette évolution. Ce n'est donc pas étonnant
qu'en dépit d'une évolution plus lente, la percée
des éditeurs commerciaux se soit aussi faite aux dépens
de ces disciplines de façon d'autant plus dommageable que
ces journaux se taillent des parts importantes dans des budgets
déjà relativement limités..
Deuxième mutation
Le passage du modèle industriel au modèle spéculatif :
gérer la globalisation
A l'heure actuelle, où les perspectives de
la recherche sont nettement plus moroses, de nouveaux journaux
continuent de paraître et les bibliothécaires ne
cessent de voir tomber sur leurs bureaux de luxueux dépliants
vantant la qualité, attestée par un comité
d'édition prestigieux, et le caractère indispensable
pour toute recherche portant sur le sujet, d'un nombre toujours
plus élevé de journaux dont le champ d'intérêt
va en se rétrécissant. Et tout cela de paraître
effectivement et de se remplir de documents de valeur parfois
bien inégale. On dirait que les scientifiques ne sont plus
les maîtres du jeu et que le journal scientifique en tant
que produit se suffit à lui-même.
Si la petitesse de l'homme avait élevé
les frontières des états sur le chemin de la Science,
son instinct du profit va les abolir. Les années 90 consacrent
l'avènement du marché global. Dans cette jungle
économique, les fusions, les annexions, les marchandages
et les liquidations vont bon train. Le monde de l'édition
n'échappe pas à ces processus propres au capitalisme.
Le rachat de Pergamon, probablement le plus beau fleuron de l'empire
de feu l'homme d'affaires tchéco-britannique, Robert Maxwell,
par la multinationale de droit néérlandais Elsevier,
a été le point de départ d'une véritable
redistribution des rôles dans l'ensemble du monde de l'édition
avec souvent le géant néerlandais au premier plan.
Si Elsevier s'était montré assez fier d'avoir absorbé
les prestigieuses publications du mégalomane entrepreneur,
en associant systématiquement la marque de ce dernier à
la sienne, il s'est par la suite montré beaucoup plus discret
en gardant séparés les catalogues et les écrans
publicitaires de ses nouvelles acquisitions. C'est qu'entre temps,
le monde des bibliothèques qui constituent la principale
clientèle de ces éditeurs s'était fort ému
de la cadence accélérée des rachats et de
la constitution d'éventuels monopoles. Avec ou sans publicité,
les années récentes ont vu l'implosion du secteur
en quelques noyaux puissants qui absorbent les particules libres
autour d'eux et qui impriment leur loi au marché. Elsevier
s'est, à ce jeu, montré le plus fort ; nombre
de petites maisons d'édition sont tombées dans son
escarcelle et ses publications vont d'Amsterdam à New York
et Tokyo en passant par Paris sans oublier les pays de l'Est.
Il s'en est fallu de peu, au début de l'année 1998,
qu'il ne fusionne avec Kluwer pour former un géant pratiquement
tout-puissant. N'a-t-on pas parlé récemment de son
rachat par Microsoft, une nouvelle qui, si elle n'a jamais été
ni confirmée, ni infirmée, montre en tout cas la
direction des intérêts des grands groupes d'édition :
la publication du futur sera-t-elle électronique ?
A qui appartiendra-t-elle ? D'autres groupes se montrent
tout aussi agressifs. L'américain Wiley chasse de plus
en plus sur le terrain européen. Il a obtenu la publication
des journaux de chimie européens remplaçant les
anciennes publications nationales. On vient d'apprendre le rachat
de Springer par Bertelsmann, le groupe allemand des media. 'Springer
is not Springer' proclamait la publicité, lorsque l'éditeur
tenait à se démarquer de son homonyme de la presse
à scandales, Axel Springer. Les actionnaires des années
90 ne font, eux, aucune distinction.
Ces énormes machines emploient tous leurs
moyens pour coloniser un marché dont la résistance
est faible. En effet, comme nous le verrons, les niveaux de décisions
du monde scientifique sont éclatés et la stratégie
de marketing des éditeurs a beau jeu de cibler le maillon
le plus faible : le chercheur.
Le journal scientifique sous la loupe des économistes
1. L'évolution des prix et le rapport coût-bénéfice
Le prix moyen du journal scientifique a subi pendant
le dernier quart de siècle une croissance sans faille nettement
supérieure à l'augmentation des biens de consommation
courants, toutes disciplines et toutes sources confondues. Toutefois,
selon que l'on considère les publications de sociétés
scientifiques ou les journaux de telle ou telle discipline, les
prix sont d'un ordre de grandeur tout à fait différent.
Les prix moyens relatifs sont donnés chaque
année par discipline dans le Library Journal (tendance
américaine) tandis que l'éditeur anglais Blackwell
et les agents de distribution EBSCO et FAXON proposent des prévisions
d'augmentation annuelles.
Le prix des périodiques est un problème
qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et qui a
été évoqué jusque dans les prétoires.
Le procès Barshall, du nom d'un professeur émérite
de physique qui avait publié une étude de prix sur
les journaux de physique, a opposé pendant plus de dix
ans l'American Physical Society à l'éditeur Gordon
& Breach. Les bibliothécaires reconnaissent généralement
que le point de non-retour est atteint et que les bibliothèques
universitaires ne pourront plus tenir longtemps face aux exigences
des éditeurs. Pour un historique très documenté
de la question, on se reportera à l'étude d'Ann
Okerson : Periodical prices : a history and discussion
(Advances in Serials Management , 1986,
1, 101-103 : http://arl.cni.org/scomm/osap/pricing/pricing.html). Le temps qui a passé depuis cette publication n'a fait
que la rendre plus pertinente.
Les éditeurs sont un groupe de pression influent
et leurs défenseurs savent faire entendre leur voix. Ce
sont souvent des scientifiques de formation qui ont évolué
dans le domaine de l'édition et qui y ont acquis une connaissance
très approfondie des mécanismes du secteur. L'essentiel
de leur argumentation consiste à blâmer les gouvernements,
en l'occurrence le gouvernement américain, coupable de
ne pas avoir su doter ses bibliothèques universitaires
à hauteur du financement accordé à la recherche.
Le consultant Albert Henderson est certainement l'un des zélateurs
les plus opiniâtres de cette thèse mais si ses opinions
peuvent impressionner un non-initié, son argumentation
ne résiste pas à l'historien, car il a une fâcheuse
tendance à justifier des faits propres à une période
avec des données propres à une autre, ni à
l'économiste car il n'explique pas pourquoi le coût
des multiples composantes de la recherche devrait suivre une évolution
parallèle, comme si le prix de la bouteille en verre devait
suivre l'évolution du prix du whisky. Parmi ses très
nombreux articles, nous citerons : A. Henderson, the bottleneck
in research communications , Publishing Research Quarterly (A.
Henderson, editor), winter 1994/95, 5-21. Un forum électronique
sur le futur du périodique a été lancé
au mois de septembre par la revue American Scientist. Henderson
y a largement exposé ses idées mais elles ont été
quelque peu bousculées par les autres intervenants :
http://amsci-forum.amsci.org/archives/september-forum.html.
Il n'est pas facile de dialoguer avec les éditeurs.
Chaque année, ils assènent à leurs abonnés
des augmentations qui dépassent souvent et largement l'inflation
sans vraiment donner d'explications convaincantes. Ils semblent
percevoir une dîme et s'ils acceptent parfois d'entamer
une discussion avec leur clientèle, leur discours utilise
un langage lénifiant, propre à la publicité,
mais leur position reste inébranlable.
J.-M. Salaün, analyse la production du journal
scientifique et donne une ventilation des coûts relatifs,
à l'adresse de son site 'Economie du document' : http://www.enssib.fr/eco-doc/. Pour les éditeurs, les augmentations de prix sont justifiées
par l'accroissement des coûts de production et cette version
est accréditée par les agences d'abonnements qui,
en publiant des prévisions dans le but fort louable d'aider
les bibliothèques à établir un budget provisoire,
cautionnent leurs projections. Si l'on est un peu plus critique
cependant, on voit dans le tableau des projections de Faxon que
Salaün prend comme exemple que si l'inflation des coûts
de production est bien proche de celle rapportée pour d'autres
secteurs d'activité, elle n'intervient même pas pour
un tiers dans l'évaluation de l'augmentation globale. La
plus grande partie de celle-ci est due à d'autres facteurs :
l'augmentation du volume de la publication, la diminution des
ventes et les énormes bénéfices du secteur.
Lorsque les économistes analysent les mouvements
de capitaux autour des entreprises de l'édition, la critique
se fait plus pointue mais aussi plus hermétique pour le
non-initié. Brendan J. Wyly (Cornell) http://www.arl.org/newsletr/200/200toc.html
va chercher son information chez l'éditeur lui-même :
" according to Reed Elsevier's annual report, the operating
margin of the Scientific segment ran at 40.28% (1997), 41.77%
(1996), and 39.66% (1995) as a percentage of sales. As a point
of comparison, Microsoft's operating income as a percentage of
sales was 45.17% for 1997, 35.50% in 1996, and 34.33% in 1995 ".
En 1995, le vice-président d'Elsevier avait déjà
suscité une petite tempête en révélant
que le groupe allait revendre sa presse-loisirs dont les bénéfices
plafonnaient à 14% alors que le département des
journaux scientifiques atteignait les 34%. On comprend qu'Elsevier,
loin de répondre avec agressivité aux critiques,
comme l'a souvent fait un éditeur beaucoup moins influent,
préfère opposer à ses adversaires la voix
persuasive d'un marketing efficace et la qualité de ses
options technologiques.
Est-elle inéluctable ? Oui, si l'on considère
l'augmentation de la population scientifique et le fait que sa
productivité s'est considérablement accrue au fil
des progrès techniques. Non, si l'on considère que
la publication scientifique reste un vestige de la politique
scientiste du XIXe siècle selon laquelle chaque article
rédigé au terme d'une recherche longue, patiente
et difficile méritait un archivage à l'épreuve
du temps et de l'oubli. Les brefs comptes-rendus que le chercheur
écrit plus ou moins rapidement afin de laisser une trace,
autant à l'usage de ses collègues engagés
dans une même voie que de la postérité, méritent-ils
d'être à jamais couchés sur papier glacé
dans les longues files de reliures en simili qui s'allongent sur
les étagères de nos bibliothèques ?
Ne servent-ils pas avant tout à asseoir le prestige de
leurs auteurs dont beaucoup, si l'on en croit les statistiques,
connaîtront la petite blessure d'amour-propre d'apprendre
que leur travail n'aura été lu, ou du moins cité,
par personne. Il serait temps de décanoniser la publication
scientifique et de chercher de nouveaux modes d'archivage qui
n'empruntent plus ce coûteux et très encombré
chemin traditionnel.
Garfield, comparant la situation actuelle avec celle qui existait
lorsqu'il créa les 'Current Contents', n'hésite
pas à démystifier l'océan de littérature
dans lequel tout chercheur risque de se noyer. Pour lui, le nombre
des journaux 'qui comptent' est relativement limité et
mieux, ce sont pour la plupart les mêmes, 30 ans après sa
première étude : http://165.123.33.33/yr1998/feb/research_980202.html
Selon la loi de Bradford, un premier groupe comprenant un nombre
relativement peu élevé de journaux concentre le
maximum de l'information vraiment indispensable à une recherche
donnée. Un deuxième groupe, et c'est la plus grande
masse, est constitué d'une majorité de journaux
spécialisés parmi lesquels beaucoup de publications
d'éditeurs commerciaux. La qualité des contributions
y est inégale mais tout à fait estimable dans la
plupart des cas. Par contre, leur poids budgétaire est
sans commune mesure avec leur valeur scientifique. La multiplication
de ces journaux est à la base de l'expansion, certains
disent de l'explosion, de la littérature scientifique,
phénomène artificiel auquel ont contribué
sans le vouloir les autorités de tutelle et Garfield lui-même,
contre son avis. En érigeant le profil de citation d'un
auteur au rang des outils d'évaluation de la carrière,
les scientifiques ont consacré l'ère du 'Publish
or perish' et ont ainsi favorisé l'éclosion des
journaux commerciaux. Garfield n'est pas dupe comme le prouve
cet extrait : 'but it is a myth that one must read hundreds
of journals in order to stay current in one's field. Diligent
researchers will selectively subscribe to as many journals as
they need to read regularly; they'll consult others in libraries;
they'll order reprints or photocopies if necessary.' Une troisième
vague consiste en un groupe assez hétéroclite de
journaux pluridisciplinaires, de publications de vulgarisation,
de journaux d'entreprise dont l'intérêt n'est qu'exceptionnel
et le poids économique négligeable.
La nécessité d'acquérir un journal de recherche
devient de moins en moins urgente lorsque l'on s'éloigne
du noyau de base. L'augmentation des prix au delà des limites
naturelles de l'inflation est d'autant moins inéluctable qu'elle
n'affecte pas majoritairement les journaux du premier groupe.
3. La perte des marchés
Plus étonnant encore est le troisième facteur d'accroissement
des prix . Les désabonnements sont le ferment d'une
tiers-mondialisation de la recherche où la perspective
d'acheter biens et services s'éloigne en même temps
que les ressources locales sont plus exploitées. Lorsqu'un
produit devient trop coûteux, les lois du marché
voudraient qu'il soit remplacé par un autre dont le prix
de revient est plus bas, que ce soit par une automatisation accrue,
par le recours à une main-d'uvre moins bien rémunérée ,
et d'autres moyens encore. Dans le domaine de l'édition
scientifique, les initiatives visant à abaisser les prix
aboutissent généralement au rachat de l'outrecuidant
concurrent par une des puissantes multinationales du secteur.
Cela ne serait pas possible si les éditeurs n'avaient installé
à leur profit un système d'auto-protection qui,
en faisant supporter le coûts des désabonnements
par les abonnés eux-mêmes, limite les risques financiers.
Ce faisant, ils peuvent continuer à produire des journaux
de plus en plus chers pour un nombre limité d'abonnés.
Le journal scientifique s'apparente à un produit de luxe
pour lequel on paie avant tout l'image et la marque d'un statut
social, ... notions très subjectives qui conviennent mal
à un vecteur de communication et un outil de diffusion.
L'augmentation de la production n'est pas une fatalité,
pas plus en recherche qu'ailleurs, et les surplus ne devraient
pas pouvoir être mis à charge des abonnés.
Accepterait-on de payer plus cher des voitures parce que des chaînes
de montage toujours plus performantes en produiraient toujours
davantage ou que les ventes tomberaient en raison de la congestion
du trafic ? Pourquoi les éditeurs de journaux seraient-ils
préservés des aléas des autres secteurs
de l'économie ?
4. La notion de monopole
Les concentrations ont-elles une influence sur les prix ?
Selon Stoller, Christopherson et Miranda, The economics of professional
journal pricing, College & Research Libraries, 57 (Jan. 1996)
9-21, l'industrie de l'édition scientifique ne répond
pas aux critères du monopole naturel, quoi qu'en disent
les bibliothécaires. Dans un tel type d'industrie, le coût
de production unitaire continue à diminuer lorsque la productivité
s'accroît et une firme peut donc produire l'ensemble de
la production à un coût moindre qu'un groupe de ses
concurrents. Ils reconnaissent pourtant une grande part de pouvoir
de monopole dans l'édition de périodiques à
cause du caractère original des articles publiés
et des lois sur le droit de copie. Il ne peut y avoir de compétition
directe entre les éditeurs de journaux différents
dans un même domaine scientifique, car aucun journal n'est
un produit de substitution pour un autre, comme c'est le cas dans
la presse d'information. Chacun dispose d'une audience pratiquement
captive ce qui lui confère un monopole sur une portion
de marché (oligopole). La situation décrite par
Stoller a été avancée dans l'argumentation
que l'ABD avait développée suite à la demande
publique d'avis que la Communauté Européenne avait
lancée à l'occasion de la fusion Elsevier-Wolters-Kluwer :
http://www.synec-doc.be/abd-bvd/misc/Elsevier-Kluwer.html . On
sait que cette dernière n'a pas eu lieu.
Un autre document publié par McCabe dans la Newsletter
on serials pricing ( http://www.lib.unc.edu/prices/1998/PRIC212.HTML ) analyse le phénomène de l'inflation anormale des
journaux scientifiques sous l'angle des règles de la concurrence.
Il aboutit à la conclusion qu'une certaine partie de l'inflation
ne s'explique pas par les modèles proposés notamment
par l'érosion de la clientèle de base liée
à l'introduction de nouveaux titres qu'invoque Roger Noll.
McCabe reconnaît que l'inflation est accentuée par
les concentrations industrielles mais sa contribution se limite
au constat.
5. Le tiers payant
Stoller et al. identifient comme un autre facteur important dans
l'explosion des prix le fait que le consommateur ne soit pas l'acheteur.
Le phénomène peut se comparer à l'inflation
du prix des médicaments où la sécurité
sociale paie pour le malade. La bibliothèque paie pour
le chercheur qui subit l'assaut de la publicité et les
contraintes liées à sa recherche de statut (Publish
or perish). Cela explique aussi les campagnes de publicité
ciblées que les éditeurs dirigent vers les lecteurs
et qui vont de la distribution de prospectus luxueux aux offres
de tarifs spéciaux. Le marché captif des bibliothèques
suffit à rentabiliser le produit sur une certaine base.
Le surplus peut assurer la promotion ; il ne coûte
presque rien à l'éditeur.
Le futur de l'information ; l'information
du futur.
L'évolution technologique
L'explosion de l'information dans les années
60 est un mythe tout comme la révolution technologique
autour des autoroutes de l'information. Le concept de l'Internet
remonte à la première utilisation des télécommunications
pour échanger des données entre deux institutions
reliées entre elles par une ligne téléphonique
au début des années 70. Dans l'édition, l'informatique
est utilisée depuis plus longtemps encore pour aider à
la composition des pages, à l'élaboration des index
et à toute autre fonction qui n'exige pas expressément
l'intervention humaine. L'ouverture au monde scientifique d'un
réseau universel constitué d'une mosaïque de
réseaux confédérés a certes contribué
à favoriser les échanges entre chercheurs et institutions
mais les éditeurs l'employèrent d'abord pour le
courrier électronique et l'échange de fichiers sans
vraiment changer leurs méthodes de travail. Leur formidable
puissance économique les aide à combler leur retard
et à occuper progressivement le terrain.
Est-ce la pression économique qui fait naître le
journal électronique ou bien le désir d'explorer
de nouvelles voies, de proposer de nouveaux produits ? Dans
les milieux où la maîtrise informatique existe déjà,
comme la physique et les mathématiques, le journal purement
électronique s'implante avec le plus de succès.
Il gagne ensuite d'autres secteurs et ce journal-là n'est
pas la copie numérique d'une édition imprimée
mais une conception nouvelle cherchant à tirer le plus
grand parti de la technique, offrant une valeur ajoutée
sous forme d'images, de videos, de projections tridimensionnelles
et d'autres choses qui attirent le lecteur potentiel vers cette
forme de communication, peu attrayante, selon certains, qui ignore
les barrières du temps et de l'espace.
La diffusion des prototypes reste confidentielle aussi longtemps
que le lecteur n'a pas à sa disposition un outil de consultation
simple. Le Web a démocratisé l'accès à
la communication électronique. Les éditeurs profitent
à leur tour de ce moyen facile et peu coûteux. Les
catalogues se répandent comprenant les outils nécessaires
à la commande, le service aux lecteurs et les instructions
aux auteurs. Certains vont plus loin en offrant les tables des
matières, excellent produit publicitaire, et parfois le
texte complet, à titre gracieux pendant une période
promotionnelle.
Le journal du futur
Sera-t-il totalement et seulement électronique ? Quoi
qu'il en soit, trop de facteurs s'opposent à un retour
en arrière.
La publication électronique fait déjà partie
du paysage et n'en disparaîtra pas de sitôt car ce
n'est pas la nature du mode de communication qui pose problème.
La science et la technologie se sont accommodées de tous
les supports depuis les tablettes d'argile jusqu'aux micropuces.
Elles vont devoir se défendre sur d'autres terrains où
elles ont rarement mis le pied comme acteur principal : ceux
de l'économie et du droit.
Le paysage de l'information scientifique est en train
de se modifier. Il oscille entre deux pôles extrêmes :
celui d'une publication entièrement libéralisée
où les nouveaux entrepreneurs se taillent une place de
choix et celui d'une publication entièrement aux mains
de groupes multinationaux qui fixent les règles du jeu
économique et dont la puissance remet en cause l'interprétation
de notions fondamentales comme le droit à l'information
et le droit des auteurs menaçant indirectement les bases
mêmes de l'enseignement et de la recherche.
Les relations clients-fournisseurs dans le contexte de la transition
du support papier au support électronique
Dans le monde de l'imprimé, le rapport entre le client
et l'éditeur est simple ; la construction d'une collection
de périodiques et donc d'une bibliothèque de périodiques
se fait par abonnement. Le client paie à l'avance et l'éditeur,
ou son distributeur, s'engage à lui fournir selon un calendrier
fixé les fascicules prévus dans le contrat. Etant
une vente, le produit devient la propriété inaliénable
de son acquéreur. L'abonnement est renouvelable ou résiliable,
comme l'acheteur l'entend, à chaque échéance
de facture. La collection est soumise au droit de la propriété,
c'est-à-dire qu'elle peut être détruite, cédée
à une bibliothèque ou à un ami, léguée,
reliée, gardée précieusement, abandonnée
dans un grenier ou brûlée selon la volonté
de son propriétaire. Le vendeur n'a plus aucun regard sur
l'objet.
Pourtant tous les clients ne sont pas égaux. Il ne s'agit
pas ici de liquidations, de remise de fidélité et
autres astuces de vente légales mais ni plus ni moins que
d'une discrimination entre abonnés : l'abonné
institutionnel paie un prix fort alors que l'abonné privé
peut payer 10 ou 20% du prix consenti au premier. A première
vue, c'est logique. L'abonné institutionnel représente
une grande quantité de lecteurs potentiels et le manque
à gagner est grand pour l'éditeur. Vraiment ?
En fait, cette pratique est héritée des sociétés
scientifiques où le prix de l'abonnement faisait partie
de la cotisation de membre. Il en a été dissocié
lorsque tous les membres n'ont plus voulu recevoir le journal
de façon automatique mais la politique des prix discriminatoires
s'est maintenue et s'est répandue chez les éditeurs
privés.
Cette pratique et l'interdiction faite lors de l'achat de céder
la collection à une bibliothèque a fait couler beaucoup
d'encre mais je ne connais pas d'exemple où quelqu'un ait
soumis ces clauses à l'épreuve du droit. Que se
passerait-il si un particulier déposait ostensiblement
un document interdit de circulation dans une bibliothèque ?
Il serait intéressant d'observer l'attitude de l'éditeur
et de connaître l'avis de juristes sur la question. La
loi n'est pas là-dessus très explicite et l'interprétation
pourrait vraisemblablement varier. D'ailleurs, y a-t-il beaucoup
d'abonnés potentiels à titre individuel pour des
journaux qui publient par année plus de 10000 pages et
dont le prix même à 10% du tarif 'normal' est encore
supérieur à 20000 BEF ? Personnellement, j'en
doute. Un juriste compétent pourrait-il aussi expliquer
pourquoi le prix du pain, entre autres, est réglementé
alors que le prix d'une revue scientifique, nourriture aussi nécessaire
que le pain pour des centaines de chercheurs, suit l'exemple des
produits de luxe qui ne sont pas du tout nécessaires mais
font appel à l'ego de l'acheteur ?
D'autres facteurs que le prix irritent les bibliothécaires.
Que penser de ces journaux qui doublent le volume de leur publication
alors qu'ils doublent en réalité le nombre des volumes
publiés sur une année, volumes qui deviennent parfois
au fil du temps fantomatiques jusqu'à retrouver le rythme
de l'ancienne parution tout en gardant le bénéfice
du saut de prix ? Que signifient ces rythmes de publication
erratiques qui sont le cauchemar des bibliothécaires et
des logiciels de gestion des périodiques ? Pourquoi
le bibliothécaire-consommateur n'a-t-il jamais réagi
devant de telles pratiques ? Une normalisation s'imposerait
car ces pratiques peu scrupuleuses, acceptées dans le monde
de l'écrit où la loi existe et a tout le temps de
s'élaborer, auront tout loisir de se répandre dans
un monde incertain où le plus fort impose sa loi.
La notion de licence ne s'applique qu'à un produit électronique.
C'est un contrat qui donne accès à des textes sur
support numérique, des bandes magnétiques d'abord ,
puis des CD, sans aucun support enfin. Sa durée de validité
est limitée et fixée à la signature, elle
est généralement renouvelable. Les éditeurs
ont pris l'habitude de calquer les périodes de validité
et de facturation sur celles des abonnements imprimés mais
cela n'est pas du tout nécessaire. L'avantage pour le client
est de faciliter la budgétisation mais le désavantage
est de lier le client au fournisseur. Cela n'est pas sain car
le produit acquis n'a pas de matérialité et il s'évanouit
en cas de rupture de contrat. De même, le découpage
de la publication en unités telles que volumes, fascicules
etc, est un vestige d'une autre culture qui devrait être
totalement repensé. Tout archivage devient dans ce contexte
illusoire et c'est un problème majeur.
Assimiler le journal électronique à un simple produit
de consommation qui s'userait jusqu'à épuisement
est un détournement de son objectif qui est de servir de
trait d'union entre les chercheurs et la négation de la
bibliothèque comme archives du savoir scientifique accessible
à tous. Dans la logique marchande, certains éditeurs,
face à la volatilité du produit, cherchent à
sécuriser leurs rentrées par des protections renforcées
qui s'appliquent facilement à un pipeline direct éditeur-lecteur.
Cela va à l'encontre de l'évolution scientifique
qui fait de la recherche non plus la poursuite d'objectifs individuels
mais un processus collectif dont le partage d'information est
une composante.
Dans ce contexte, la technologie offre au contraire un maximum
d'ouverture. Sous couvert de droit d'auteur, c'est la solidarité
du prêt interbibliothèques qui est visée.
Le fair use consacré par la législation américaine
se voit contesté dans bien des législations dont
la nôtre (forfait) et mis en péril par un lobbying
incessant des grands groupes d'édition.
La discrimination entre clients de duale devient continue, du
poste unique à la licence globale par institution, par
site, ou par classe d'adresses. Le fait que ces découpages
dépendent plus de facteurs historiques, géographiques
ou techniques que d'une logique basée sur la nécessité
et l'usage ne semble guère gêner les éditeurs.
Les bibliothécaires pensent tout autrement.
Il convient de noter également l'utilisation d'un langage
juridique très pointu dans les contrats alors même
que les chercheurs n'ont ni le temps ni les moyens de s'y adapter
et que les bibliothèques disposent rarement de personnel
qualifié pour les négocier. La solution est-elle
dans le recours aux services juridiques des institutions dont
la formation ne couvre pas nécessairement ce domaine ou
bien la formation de bibliothécaires à cet exercice ?
Le plus sage serait la rédaction de clauses claires compréhensibles
par tous, la réduction des exceptions et une législation
plus respectueuse de la culture et des usages dans les secteurs
d'activité.
Actuellement, ce sont les éditeurs qui imposent leurs modèles
et le moins que l'on puisse dire est que l'uniformité n'est
pas la règle. David Goodman, bibliothécaire à
Princeton, résumait récemment la large panoplie
des conditions imposées par les éditeurs à
leurs abonnés électroniques. Sa classification a
largement inspiré celle qui suit. Le message a été
édité dans la liste de discussion Liblicense le
16 novembre 1998. La copie en est accessible dans les archives
de la liste à l'adresse : http://www.library.yale.edu/~llicense/ListArchives/9811/msg00008.html
a. les licences globales
1. La version électronique est fournie gracieusement avec
la version imprimée sans augmentation de prix. C'est le
cas de certaines sociétés savantes ou de presses
universitaires. C'est aussi le cas d'éditeurs commerciaux
mais le plus souvent dans un but publicitaire et provisoirement.
Ils tentent plutôt de pousser à la conclusion d'accords
cadenassés sur le contenu et dans le temps.
2. La version électronique est fournie en principe gratuitement avec la version imprimée mais celle-ci subit une augmentation substantielle (10 à 25 %) pour couvrir les frais du passage à ce double abonnement (Springer, Wiley... ). Ceci montre à quel point le prix des abonnements est fixé arbitrairement. Plus que jamais, l'analyse du rapport qualité-prix doit être une fonction essentielle dans une bibliothèque.
3. Certaines versions électroniques impliquent un surcoût important. A l'ACS (American Chemical Society), on justifie cette option par une importante valeur ajoutée : simulations dynamiques, données en supplément Il faut déterminer si la plus grande facilité d'accès et l'éventuel surplus d'information, justifient le prix. Même en cas de plus-value, un surcoût important ne devrait concerner que des journaux très consultés dont le prix reste dans une tranche raisonnable. Une coalition des bibliothécaires hollandais et allemands avait fixé l'année dernière ce surcoût à un maximum de 7.5%. C'est loin d'être le cas à l'ACS où il atteint 90% pour une licence de niveau institutionnel.
4. Certains éditeurs (Blackwell et quelques autres) proposent
une formule au choix : tout électronique à
prix réduit par rapport à la version imprimée,
version imprimée seule ou version combinée à
un prix légèrement plus élevé. Aux
yeux des bibliothécaires, c'est la formule idéale.
Le choix peut être pondéré en fonction des
capacités financières et la répartition des
abonnements équilibrée en privilégiant l'accès
tout en maintenant l'archivage d'une bibliothèque de base.
b. les licences à portée restrictive
1. L'accès est entièrement gratuit mais réservé
à une machine ou à un nombre limité de postes.
Ce genre d'initiative ne doit pas être encouragée
en bibliothèque. Le principal avantage du journal électronique
est qu'il peut être lu en dehors d'un lieu réservé,
par exemple dans un bureau ou un laboratoire. La bibliothèque
est alors comprise comme une communauté et plus comme un
lieu. Ce genre de journal vise le client à titre personnel.
C'est le cas de journaux largement financés par la publicité
et ce genre d'initiative s'explique par la recherche d'adresses
'email' à des fins promotionnelles.
2. Des charges supplémentaires sont facturées pour
accéder via un ou plusieurs postes, généralement
quelques-uns. Cette situation est inacceptable. Les bibliothécaires
devraient se montrer fermes à ce sujet et ne manquer aucune
occasion de faire savoir aux éditeurs que cette restriction
à la libre circulation des idées est inacceptable.
Il est dommage que 'Science online' entre dans ce schéma
même si le supplément est modique et si l'on peut
comprendre qu'un journal aussi fondamental pour une communauté
scientifique ne puisse être consulté dans sa version
électronique à partir d'un seul abonnement pour
l'ensemble d'une institution.
3. La licence de classe est réservée à un
bâtiment ou à une adresse IP de classe C. Rien n'est
plus arbitraire, ni plus injuste que ce découpage purement
technique qui d'une institution à l'autre peut avoir une
portée totalement différente. Dans notre cas particulier,
les machines de la bibliothèque ont une adresse C qui n'est
partagée que par une dizaine de machines alors qu'en théorie
256 machines pourraient y être reliées. Par contre,
l'accès pour tous les services scientifiques repris dans
le même bâtiment, ce qui est bien le moins, recouvre
6 réseaux de classe C, ce qui reviendrait à payer
six fois un supplément ou, dans le pire des cas, six licences,
encore que cela exclue d'autres groupes (pharmaciens qui travaillent
à la synthèse de médicaments, physiciens
qui étudient la structure cristalline des molécules...
etc.
4. La licence institutionnelle n'est possible qu'à un prix
prohibitif équivalent à plusieurs fois le prix de
l'abonnement (Cell Press, Current Biology, Nature).
c. la licence pondérée
Ici il n'est plus question de limiter le nombre des accès
ou leur répartition géographique mais bien le volume
d'accès. Cette approche purement électronique est
déontologiquement la seule qui soit acceptable. En effet,
elle est la seule à ne pas obérer le principe, fondamental
en bibliothèque, de la liberté d'accès. Elle
est aussi la seule qui puisse être pondérée
selon l'usage du journal et qui permette une adaptation aux moyens
financiers dont la bibliothèque dispose.
PPV comme Pay-Per-View
Les licences, même restrictives, offrent encore aux lecteurs
et surtout aux bibliothèques fidèles à leur
tradition d'accès universel trop de possibilités
de partage. C'est économiquement dangereux quand on sait
la facilité d'échanger rapidement et sur de grandes
distances une information devenue immatérielle. La technologie
est là qui veille et il ne sera pas techniquement difficile
de cadenasser l'accès à l'information et de le soumettre
au paiement de droits. La licence à ce stade ne suffit
plus, c'est à la pièce que l'on va surtaxer l'information
de façon à s'assurer que l'avenir reste rose du
côtés des bénéfices. Paiement à
la lecture, paiement au déchargement, paiement au volume,
tout est en place pour provoquer une escalade des coûts
sans précédent. Le prix des licences d'exploitation
de certains CD-Rom en donne déjà une idée.
La bibliothèque est évacuée de ce scénario.
Devenue virtuelle, elle n'est plus attachée à une
institution, à un groupe d'intérêt mais encore
et toujours aux groupes d'édition. La mise à disposition
par ces derniers de tables des matières gratuites est un
premier pas dans cette direction. Actuellement, ce service est
intéressant, encore que des services groupés comme
ceux d'ISI (Current Contents) ou d'agences de distribution de
périodiques (Swetscan, Ebsconet, Uncover) soient plus faciles
consulter et plus garants d'autonomie (jusqu'à quand ?),
dans la mesure où ils alertent le chercheur et où
celui-ci peut bénéficier d'un prêt interbibliothèques
à un tarif raisonnable.
Dans une société sans bibliothèque, l'éditeur
deviendrait la seule source de documents primaires. La possibilité
de voyager transversalement dans l'information deviendrait plus
difficile. On peut espérer que des 'aggrégateurs',
terme horrible s'il en est, et des services secondaires subsisteraient
mais dans un monde dominé par l'argent, qui peut garantir
leur indépendance vis-à-vis des éditeurs.
Le modèle privilégié par ceux-ci est au contraire
hiérarchique. Les droits se négocieront avec la
puissance financière et l'on voit se profiler l'ombre des
Gates et des Murdoch
, véritable danger pour le pluralisme
des opinions et pour la société démocratique.
Le pouvoir politique qui devrait la protéger se laissera
facilement gagner à la cause entrepreneuriale. La directive
européenne sur l'harmonisation du droit de copie vient
d'en montrer l'exemple.
Pourtant ces colosses ont parfois les pieds d'argile et ne sont
pas à l'abri de turbulences, politiques ou économiques,
comme un passé récent l'a montré. Que devient
l'archivage, fonction non rentable par excellence, devant l'instabilité
des acteurs économiques eux-mêmes (rachats, concentrations,
faillites
) ?
En résumé,
Les éditeurs adhèrent au projet S/SL/PPV
dans la mesure où il leur permet de garder le bénéfice
des trois modes de paiement tout en évacuant leurs éventuels
manques à gagner. Ils s'assurent ainsi
Dans cette perspective, disparaissent :
Par contre, apparaissent ou risquent de se manifester :
Comme on vient de le voir entre l'abonnement classique
et le cauchemardesque S/SL/PPV, les modèles proposés
sont nombreux et le bibliothécaire pas plus que le chercheur
ne doivent accepter d'office les règles fixées par
le producteur.
Le journal électronique est un phénomène
récent. Sa naissance a été rendue possible
grâce à la démocratisation de l'accès
aux réseaux de télécommunications. Ce serait
un comble si cette ouverture, à l'origine d'une nouvelle
socialisation de l'espace professionnel, devenait l'instrument
de la destruction ou de la mise sous tutelle du processus de communication
scientifique. Actuellement, l'espace électronique est largement
ouvert (pour combien de temps encore ?) et les initiatives
nouvelles sont rapidement connues. L'effervescence qui s'ensuit
fait perdre beaucoup de temps que certains verraient mieux consacré
à des tâches scientifiques mais si le temps c'est
de l'argent, celui qui est consacré à ramener plus
de raison dans un marché qui n'a plus de règles,
est un investissement à long terme.
Nous allons passer en revue quelques pistes, individuelles
ou collectives, dans ce domaine. Le catalogue n'en est pas exhaustif
et chacun devra s'informer car dans sa discipline, dans son entourage,
quelque chose bouge peut-être. Que les bibliothécaires
ne se réfugient pas dans un passé académique.
Qu'au contraire, ils échangent leurs idées, qu'ils
participent à des discussions, à des projets et
surtout qu'ils jettent des ponts vers les chercheurs, pas seulement
pour leur offrir des services comme par le passé, mais
pour leur ouvrir les yeux, pour leur expliquer comment leurs réseaux
d'information sont mis en péril et pour faire avec eux
cause commune afin que ne soit pas atteinte la recherche elle-même.
Il faut que les chercheurs qui entendent parler de nouveaux canaux
de publication, qui voient paraître de nouveaux journaux,
ne se laissent pas, une fois pour toute, séduire par la
seule pertinence des titres. Seul le contenu compte, la rutilance
des dépliants et l'attrait des génériques
peuvent cacher des pièges à des yeux non avertis.
Certes, la tentation est grande de se diriger vers
les formes électroniques de diffusion de l'information.
Le champ est encore relativement peu exploité même
si la situation change de jour en jour et si le paysage s'est
beaucoup peuplé ces deux dernières années
mais le domaine électronique est plus complexe que le monde
de l'édition traditionnelle en ce sens que les initiatives
y trouvent plus facilement leur place. Dans l'édition classique,
il est très difficile de lancer un journal sans un support
technique confirmé, de mettre sur pied une campagne de
lancement publicitaire, de s'assurer un support scientifique...
Tout cela n'est pas nécessairement indispensable dans le
monde électronique et le moment est bien choisi pour tester
des alternatives.
Voyons d'abord comment se répartissent à l'heure actuelle les initiatives, facteurs de changement,
Dans le monde scientifique
Dans le monde des bibliothèques
Dans le monde de l'édition
- Des publications nouvelles ont vu le jour dans
différentes disciplines. Le journal n'existait pas dans
le monde traditionnel et il n'a pas de contrepartie imprimée.
Son éditeur est généralement un scientifique
de renom qui se sert de sa carte de visite pour attirer une première
audience. Stevan Harnad, Professeur de psychologie à Princeton,
a lancé 'Psycholoquy', avec l'appui de l'American Psychological
Association. . Psycholoquy a un ISBN et une base de 40000 abonnés,
niveau très estimable pour un périodique scientifique.
Celui-ci est loin d'être une copie électronique d'un
modèle classique. C'est au contraire un projet original
dont Harnad lui-même expose les objectifs et les modalités :
http://www.cogsci.soton.ac.uk/psycoloquy/ .
- L'alphabétisation électronique des
chercheurs de certains domaines est très poussée
et il n'est pas du tout étonnant qu'ils s'engagent dans
l'exploration de nouvelles voies de communication électronique.
L'expérience de Jean-Claude Guédon , spécialiste
canadien de la littérature comparée, tient beaucoup
plus de la gageure. En publiant 'Surfaces' (ISSN : 1188-2492)
depuis 1991, il démontre qu'une revue de qualité,
basée sur les mêmes exigences d'examen par des personnalités
indépendantes que les revues traditionnelles peut émaner
du seul milieu académique. La présentation élégante
et la recherche des meilleures conditions de lecture en font un
support d'information attractif qui supporte la comparaison avec
les maquettes des publicistes tout en préservant les ressources
des départements de recherche : http://esi25.esi.umontreal.ca/~guedon/Surfaces/
- Des initiatives sont basées sur les habitudes
de travail et de communication d'un groupe. Le serveur de preprints
de Paul Ginsparg dans le domaine de la physique des hautes énergies
est décrit par Brandsma à l'adresse : http://www.uba.uva.nl/nl/projecten/b-pr
. Lauréat 1998 de la Special Libraries Association - Physics,
Astronomy, Mathematics Division award, Ginsparg a clairement exposé
ses idées sur l'avenir de la publication : http://xxx.lanl.gov/blurb/pg96unesco.html . Sa philosophie s'exprime ainsi : "In scholarly publication
(a.k.a. "Esoteric Scholarly Publication"), we [researchers]
are writing to communicate research information and to establish
our research reputations. We are not writing in order to make
money in the form of royalties based on the size of a paying readership."
Les biologistes s'apprêtent à créer un serveur
de preprints inspiré de celui de Ginsparg. Comment réagiront
les éditeurs devant cette initiative dans un domaine qui
a fait la fortune de plus d'un ?
- Certains éditeurs académiques ont suivi une autre voie en créant leur propre maison d'édition pour offrir à la communauté scientifique des alternatives peu coûteuses. C'est le cas du professeur Heldermann à l'Université des Sciences Appliquées de Lemgo (Heldermann Verlag). Les journaux sont publiés gratuitement sur le site de l'European Mathematical Society et distribués sous forme imprimée à un coût très abordable. http://www.emis.de
Même ceux qui, parmi les scientifiques, n'ont
pas l'âme d'entrepreneurs ont leur mot à dire dans
le débat. Le chercheur est membre d'une grande collectivité
et peut par le levier de celle-ci amender des pratiques admises
mais préjudiciables. Il doit revoir sa position vis-à-vis
du droit d'auteur et du droit de copie dont les législateurs
durcissent partout l'application sous la pression des éditeurs
commerciaux. Selon ceux-ci, le soi-disant photocopillage leur
ferait perdre des sommes considérables en terme de non-abonnements
.
Une longue expérience de chercheur et de
bibliothécaire nous fait au contraire dire que, si le problème
peut se poser en ces termes pour les éditeurs de manuels
d'enseignement, il est tout autre pour la littérature de
recherche. La photocopie en facilitant la consultation privée,
à domicile et au laboratoire, et la circulation des documents
par le prêt interbibliothèques a été
un formidable acteur de progrès et de promotion. Combien
d'abonnements à des journaux couvrant des thèmes
nouveaux n'ont-ils pas été souscrits parce que le
service du prêt interbibliothèques surchargé
de demandes en faisait lui-même la suggestion ? En
obligeant l'auteur à lui céder tous ses droits,
n'est-ce pas l'éditeur qui abuse de sa position ?
C'est ce que pensent de plus en plus d'auteurs scientifiques bien
décidés à reprendre leurs droits. Si, sur
le plan strictement financier le jeu n'en vaut pas la chandelle,
sauf pour les éditeurs, le combat, hautement symbolique,
traduit le mécontentement des auteurs devant ce qui s'apparente
à de l'exploitation.
Ils doivent se regrouper pour constituer des pôles
de négociation puissants que leurs interlocuteurs devront
respecter. Ils doivent proposer en accord avec ces derniers des
modèles acceptables et dénoncer tous les abus. Les
associations professionnelles de bibliothécaires et de
chercheurs doivent participer à cet effort de clarification
et d'assainissement.
Plusieurs pistes ont été lancées pour renverser
un rapport des forces qui avantage manifestement les éditeurs.
- La société des auteurs anglais a
bien compris que les attentes légitimes des auteurs académiques
n'étaient pas identiques à celle d'autres groupes.
Contrairement aux auteurs littéraires qui vivent de leur
plume et aux artistes dont les créations largement répandues
dans le public peuvent faire l'objet de plagiat, l'auteur académique
recherche avant tout la publicité de ses travaux. Dans
le microcosme d'une recherche spécialisée que les
bases de données explorent et où les intervenants
se connaissent généralement, l'éventualité
d'un plagiat est faible. La 'Declaration on academic writers and
academic rights' est le résultat de cette reconnaissance. :
http://www.alcs.co.uk/DECLARATION.html
- Le provost de Caltech, Steve Koonin, dans une interview
publiée en septembre 98 dans 'Chronicle of High Education'
pose clairement la question : Why should colleges pay publishers
to gain access to work produced on the campus?
Ce n'est pas une question facile comme en témoigne la discussion
qui a suivi cette publication : http://www.chronicle.com/colloquy/98/copyright/background.htm
- Un groupe de personnalités connues rassemblées
dans une commission de l'American Academy of Arts and Science
ont présenté les conclusions de leur groupe de travail
dans Science. Ils recommandent le libre accès à
toute information obtenue dans le cadre de travaux financés
par des fonds publics : http://www.library.yale.edu/~llicense/POLICYF.HTM
Des bibliothécaires se sont tôt montrés lucides
mais pas tous et le retard de cette prise de conscience a joué
en faveur des éditeurs. La rapidité avec laquelle
le périodique électronique se répand, le
plus souvent en supplément, gratuit ou payant, du document
imprimé, ne peut plus laisser personne indifférent.
Des groupes suivent le phénomène au plus près
et informent leurs collègues.
- Un site particulièrement intéressant s'inscrit
dans cette optique. La 'Newsletter on Serial Pricing' gérée
par Marcia Tuttle, personnalité dynamique et indépendante,
est un des forums les plus actifs sur le sujet. La lettre est
une vraie plate-forme de débat où les échanges
d'idées sont parfois assez virulents mais toujours sur
une base très professionnelle :
http://www.lib.unc.edu/prices/
- L'existence de groupes formels comme le NASIG (North-American
Serials Interest Group) fondé en 1985 : http://nasig.ils.unc.edu/nasigweb.html
ou le UKSG (United Kingdom serials group ) : http://www.uksg.org/
a facilité l'échange de vue entre professionnels.
Le travail de ces groupes est considérable. Ils explorent
toutes les facettes du phénomène 'périodique'
(serials), tiennent des conférences et publient des documents.
Ils explorent toutes les facettes du phénomène 'périodique'
(serials), tiennent des conférences et publient des documents.
Les éditeurs en sont membres et participent au débat.
Les représentants des autres secteurs doivent se montrer
vigilants pour garder l'équilibre entre les forces en présence.
- La réponse est beaucoup plus diffuse en Europe continentale
où la barrière des langues a freiné la communication
et retardé la prise de conscience collective. La 'European
Federation of Serials groups' rassemble les différents
groupes nationaux . Leurs activités telles que présentées
dans une communication au congrès IFLA de Copenhague en
1997 répondent plus à une vocation d'information
qu'elles ne prétendent à une remise en cause d'ordre
politique. On voit néanmoins pointer un intérêt
pour le sujet nettement plus marqué dans les pays du nord
(Pays-Bas et Scandinavie) que dans les pays du sud de l'Europe
http://uksg.lboro.ac.uk/efsg.htm
- Ann Okerson est bibliothécaire à Yale et de longue
date une autorité dans le domaine de l'édition scientifique.
Son article 'Periodical prices : a history and discussion'
est certainement un des premiers à faire aussi brillamment
le tour d'une question difficile où la confusion voire
la désinformation sévissent parfois : http://www.library.yale.edu/~okerson/pricing.html
. Quoique publié en 1986, son contenu reste à beaucoup
d'égards d'actualité. Mais Okerson ne s'est pas
contentée du constat. Elle s'est spécialisée
dans les problèmes juridiques relatifs à la négociation
et à l'application des licences. Elle a créé
la liste de discussion bien connue, LIBLICENSE, : http://www.library.yale.edu/~llicense/index.shtml
.
- En France, J.-M. Salaün s'est spécialisé
dans l'économie du document et réalise à
l'ENSSIB de Lyon un site qui porte ce titre : http://www.enssib.fr/eco-doc/
. Malgré quelques erreurs dans les noms propres et le fait
que le site ait des difficultés à coller à
l'actualité d'une information particulièrement
foisonnante, il reste une mine d'information sur le sujet pour
les francophones
Reconnaître qu'on est la victime d'une exploitation est
une chose, travailler au changement en est une autre. Sans l'émergence
de la communication électronique, les éditeurs auraient
pu longtemps encore faire la pluie et le beau temps en matière
de prix. Cela paraît plus difficile aujourd'hui. Les initiatives
qui suivent sont susceptibles d'ouvrir avec les éditeurs
un dialogue qui pourrait être constructif si ceux-ci acceptaient
de tempérer leur logique marchande par une approche plus
respectueuse de l'éthique scientifique. Cela pourrait à
terme casser la spirale des désabonnements dont ils font
la cause principale de l'augmentation des prix. Les bibliothécaires
pensent au contraire que c'est l'inverse.
- Ann Okerson, encore elle, est à la base de la constitution
de l'ICOLC (International Coalition Of Library Consortia) dont
le texte fondateur se trouve à l'adresse : http://www.library.yale.edu/consortia/statement.html
. Le document ne se contente pas d'énoncer des principes,
il s'attache aussi à démystifier les subtilités
de la négociation des licences électroniques, un
domaine où le scientifique et le bibliothécaire,
s'il ne disposent pas d'un conseil juridique sérieux, risquent
à tous les coups de jouer perdant. Il fait référence
à des essais de portée moins ambitieuse mais dont
l'influence a été décisive et parmi eux,
le travail pionnier de nos voisins hollandais : http://cwis.kub.nl/~dbi/english/license/licprinc.htm
(adresse actualisée)
- Dans le même ordre d'idées, EBLIDA (European Bureau
of Library, Information and Documentation Associations) :
http://www.kaapeli.fi/~eblida/ se présente ouvertement
comme un lobby chargé de défendre les intérêts
des bibliothèques et de leurs usagers auprès de
la Commission Européenne. Comprenant combien la politique
de cette dernière est orientée par les lobbies et
dans le cas qui nous occupe par les grands groupes d'édition,
les associations européennes du secteur ont créé
ce bureau dont l'activité, outre une réflexion sur
les nouvelles structures de la société de l'information,
s'est surtout portée sur la politique du droit d'auteur
à l'occasion de la discussion au Parlement Européen
d'une directive. Il est clair que ce problème lié
à la tentative des éditeurs de s'approprier tous
les droits en la matière nécessite une riposte du
monde des bibliothèques. Alors que nous mettons la dernière
main à cet article, EBLIDA, sous la plume de son conseiller
juridique Emanuella Giavarra vient de publier une brochure d'information :
http://www.kaapeli.fi/~eblida/ecup/docs/warning.html
Il peut paraître curieux de citer des efforts internationaux
alors que la signature d'un contrat en Belgique devrait relever
du droit belge. Les éditeurs ont cependant soin d'inclure
dans leur licence l'adresse de tribunaux étrangers devant
lesquels tout litige doit être porté. En étudiant
les contrats et en faisant supprimer des clauses abusives avant
la signature, on se prémunit contre des aventures juridiques
hasardeuses.
- L'ARL (Association for Research Libraries ) et Educause, une
association du monde pédagogique américain, ont
fondé la Coalition for Networked Information (CNI) qui,
selon ses propres termes, a la mission de soutenir les espoirs
de changement portés par la technologie de l'information
en réseau en vue de la promotion de la communication scientifique
et de l'enrichissement de la productivité intellectuelle
(traduction de l'auteur). Une profession de foi humaniste dans
un secteur presqu'entièrement livré au pouvoir de
l'argent, voilà qui ne peut que réjouir. Son programme :
http://www.cni.org/program/ , met en avant
l'adaptation à un nouvel environnement technologique, la
standardisation des échanges avec comme objectif la recherche
de la richesse du contenu et le développement d'un cadre
économique, politique et légal pour soutenir la
création, l'organisation et la mise à la disposition
du public de l'information disponible sur les réseaux.
- L'ARL lance en 1996 le projet SPARC (Scholarly Publishing &
Academic Ressources Coalition) destiné à encourager
la compétitivité sur le marché de l'édition
académique : http://www.arl.org/sparc/index.html.
Son rôle sera de catalyser :
Dans le cadre de ce projet, l'ARL 'sponsorise' quelques titres
ouvertement annoncés comme des alternatives à des
journaux classiques jugés trop coûteux. C'est notamment
le cas de :
Il faut espérer que le projet SPARC ne rencontrera pas
les foudres d'une quelconque commission qui l'assimilerait à
une aide publique ou un frein à la concurrence. La lutte
entre les concurrents pourrait être impitoyable. Qu'on se
rappelle seulement les circonstances du procès, jamais
intenté mais néanmoins très médiatisé,
entre Dialog et STN, dans une situation que rappelle un peu aujourd'hui
celle des journaux électroniques.
Il est très vite apparu qu'en face des éditeurs,
il fallait se grouper pour occuper une position stratégique
et même pour exister. Curieusement, une des premières
tentatives de regrouper des bibliothèques au sein d'un
seul et même contrat émane... d'Elsevier qui en 1991
lancait le projet TULIP (The University Licence Program) :
http://www.elsevier.nl/inca/homepage/about/resproj/trmenu.htm.
'The focus of the research was on technical issues, on user behavior
and on organizational and economic questions' (texto). Elsevier
voulait tester en échantillon grandeur nature la fiabilité
de la distribution électronique de l'information et
étudier les réactions de la clientèle avant
de s'organiser pour capturer celle-ci et la lier par contrat.
La firme utilise encore cette stratégie en proposant des
contrats où la version électronique est offerte
sans supplément de prix à condition que les Universités
s'engagent à ne pas résilier d'abonnements pendant
la durée du contrat. La logique de TULIP était celle
d'une opération marchande déguisée en recherche
scientifique et ce sont souvent les chercheurs, les membres des
comités d'édition en particulier, qui se sont faits
les agents de promotion du projet. Ce programme ambitieux a mobilisé
une grande quantité de chercheurs de tous niveaux dans
de grandes universités américaines. Le rapport final
a été déposé en 1996. Elsevier a tenté
un grand coup. En signant des contrats de recherche avec les plus
prestigieuses et les plus riches des universités américaines
la firme visait à transposer la position de leadership
qu'elle s'était forgée dans le domaine de l'imprimé
et à battre de vitesse ses concurrents. C'était
compter sans la vague déferlante du Web qui allait offrir
le plus vaste terrain d'échange d'information jamais connu
et balayer toutes les initiatives 'high-tech' de diffusion de
l'information. Quant on lit le rapport TULIP, on y voit apparaître
des notions dangereuses comme l'EES (Elsevier Exchange Standard)
ainsi que la notion de Pay-per-view présentée comme
un ballon d'essai. La normalisation des échanges d'information
ne devrait pas pouvoir émaner d'un groupe privé
et le Pay-per-view, s'apparente à une version intellectuelle
du 'jackpot'.
Mais le Web, est un vaste espace promotionnel ouvert à tous et donc aux éditeurs. En deux ans, le nombre des journaux disponibles sur la toile a explosé ainsi que leur diversité. On peut distinguer :
- Des initiatives totalement nouvelles émanant d'éditeurs
connus. Le périodique est souvent gratuit et sert de locomotive
publicitaire pour ce nouveau mode de distribution. Les journaux
vraiment scientifiques sous la seule forme électronique
ne sont pas loin.
- Des journaux traditionnels auxquels le support électronique
permet de donner une plus-value. Ils utilisent des images animées,
des videos ... etc et profitent de l'espace disponible pour faire
passer plus de matériaux documentaires (tableaux, figures...
etc, autrefois repris comme supplément à la carte).
Il est dommage que certains éditeurs en choisissant cette
approche y aient vu l'occasion d'augmenter de façon sensible
le prix de la publication . C'est le cas de l'ACS.
- Des journaux classiques dont l'image passe sur écran.
Ce sont de simples versions 'pdf' de journaux existants, sans
autre modification. Le plus publicitaire est de faire accompagner
ces fac-similés de tables de matières distribuées
par courrier électronique ou de liens vers des services
secondaires. Le concept du journal classique n'en sort guère
bousculé. Dans le meilleur des cas, la publication est
fournie avec sa copie papier sans supplément de prix mais
certains n'hésitent pas à réclamer un supplément
qu'ils justifient par l'amortissement de l'équipement et
la formation du personnel. On voit resurgir le vieux démon
de l'édition qui veut toujours faire payer le moindre risque
par l'abonné. Les éditeurs ont souvent baptisé
leurs produits ( IDEAL, EMERALD
) de noms qui sont
que le raffinement de l'emballage pour un produit somme toute
très ordinaire.
Pour guider le lecteur, des bibliothécaires ont élaboré
des répertoires de revues électroniques. Ghislaine
Chartron a recensé les différentes initiatives en
la matière en commençant par des travaux pionniers
des années 80 qui ne rencontrèrent pas le succès :
http://www.urfist.jussieu.fr/urfist/revues.htm .Il existe des répertoires
de journaux électroniques et principalement des initiatives
académiques comme par exemple : http://www.library.ubc.ca/ejour/
Les institutions académiques n'ont pas toutes abordé
le problème de façon passive. Certaines sont entrées
dans la voie de l'expérimentation et ont lancé des
projets concurrents ou partenaires des éditeurs. Ces prototypes
ne visent pas le profit mais se concentrent plutôt sur des
problèmes négligés par les éditeurs,
comme l'archivage, ou contournés par eux, comme la gestion
du copyright.
Parmi les projets les plus aboutis, nous retiendrons :
Ces trois projets démontrent qu'en recherchant des partenaires
crédibles pour assurer le support informatique, l'édition
savante trouve dans le monde électronique une nouvelle
vigueur. Mieux même, elle ouvre un nouveau champ à
la recherche théorique et expérimentale dans le
domaine de la communication scientifique. La preuve est faite
que la viabilité et l'excellence ne passent pas nécessairement
par des prix exorbitants.
Les libraires, les agences de périodiques ou encore les
services secondaires ont vu dans la confusion actuelle l'opportunité
de nouveaux services. Il s'agit la plupart du temps de services
de dépouillement avec accès au documents originaux :
Ebsconet (http://www.ebsco.com/ess/Global/default.htm), Swetsnet
et Swetscan (http://www.swets.nl/sss.html). OCLC-Eco, (http://www.oclc.org/oclc/menu/eco.htm
est le seul à explicitement prévoir l'archivage
et la pérennité de l'accès aux numéros
réellement souscrits.
Les services secondaires qui ont une longue expérience
du traitement de l'information et des réseaux, sont à
même d'offrir des services intégrés qui reposent
sur leurs propres bases de données :
ISI's Web of Science (http://www.isinet.com/products/citation/wos.html)
CAS' Scifinder (http://www.cas.org/SCIFINDER/scicover2.html)
'Journals at Ovid' (http://www.ovid.com/product/journals/index.html
Ces services offrent une garantie d'indépendance mais
leurs prix sont hélas souvent monumentaux.
La question de l'archivage à long terme reste posée
lorsqu'on connaît la volatilité caractérisant
le monde entrepreneurial actuel.
Les exemples proposés le sont à ce titre. La liste
ne vise pas l'exhaustivité et une sérieuse étude
de marché est recommandée avant de choisir l'une
ou l'autre de ces options concurrentes ou complémentaires.
Peter Leggate (Oxford) dans un article récent (http://uksg.lboro.ac.uk/leggate.htm) :
Acquiring Electronic Products in the Hybrid Library: prices, licences,
platforms and users, analyse les différents problèmes
liés aux nouvelles relations bibliothèques-éditeurs
dans le cadre d'un consortium.
Le dernier mot nous l'emprunterons à deux experts américains,
Richard Leone, Président du 'Twentieth Century Fund' et
Vartan Gregorian, Président de la 'Carnegie Corporation',
qui témoignant devant la Commission Gore sur les obligations
de la télévision envers l'intérêt général
du public à l'ère électronique, déclaraient :
(cité dans un message de G.S. Aikens sur la liste de discussion :
el-democracy@www.ispo.cec.be , le 10 décembre 1998)
Il suffit de changer deux expressions pour transposer cette profession de foi dans le monde de l'édition scientifique sans qu'elle perde rien de son acuité :
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